Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

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Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:06

Bonjour à tous.
Je vais essayer de vous narrer un voyage de 10 semaines en Afrique de décembre 2005 a mars 2006.

Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV

D’où aujourd’hui me vient ce goût pour le voyage ? Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours lu des livres d’aventure ; Michel Strogoff traversant la Sibérie. Dick Sand personnage du roman « un Capitaine de quinze ans » aux prises avec une tribu et des trafiquants d’esclaves en Afrique. Plus tard « l’Atlantide » de Pierre Benoît et les écrits de Frison Roche se déroulant au Sahara.
A l’âge de dix,onze ans, en pleine guerre d’Algérie, j’ai eu la chance d’habiter Blida où pour la première fois, j’ai pu découvrir un monde très diffèrent de celui qui m’avait bercé. J’ai pu voir les marchés, sentir les odeurs, écouter une langue autre que la mienne, entendre l’appel à la prière, toucher des étoffes colorées, partager la classe de jeunes musulmans et tomber à mon insu amoureux de ce pays malgré l’ambiance de conflit qui y régnait, les soldats allongés derrière des sacs de sable, la mitrailleuse prête à entrer en action et les attentats quotidiens. J’ai compris là que les hommes sont les mêmes partout et qu’il aspirent à vivre libres.
De nombreuses années plus tard vers l’âge de vingt deux ans, un camarade de classe m’a proposé de partir cinq semaines, en 2CV en Turquie. Ce fut une véritable révélation. Bien que d’une nature réservée, j’ai pu établir des contacts avec des Turcs et ceux-ci m’ont conquis. A partir de là le voyage a été ancré en moi. Les années suivantes m’ont vu au Maroc, en Ecosse, Suède, Norvège Finlande, toujours en 2CV car j’aime cette façon de voyager à bord d’une voiture qui attire la sympathie, simple à réparer et facile à vivre.
Les aléas de la vie ont fait que pendant une vingtaine d’années, je ne suis plus reparti, mais l’appel du voyage était toujours là tapi au fond de moi. J’ai donc recommencé à voyager, d’abord en groupe, en voyage organisé qu’un ami qualifie de « voyage hublot » (Ah cette peur de l’autre qui s’installe en vous quand vous ne sortez pas !) puis à pied, en trek, histoire de rencontrer plus facilement l’autre. La confiance étant revenue, l’idée de repartir en 2CV a germé.
Où partir ? Pour l’instant je ne le sais pas encore, mais une idée trotte dans ma tête.

Une fois la décision de repartir à l’aventure en 2CV, il reste à concrétiser le rêve.
La première étape consiste à acquérir un véhicule et à l’équiper pour qu’il puisse affronter les difficultés qui ne manqueront pas de surgir, la chose est relativement simple à faire mais nécessite du temps. (Enfin pour moi dont les connaissances en mécanique sont limitées.)
Daniel Girod-Roux du 2CV club de l’Ile de France me fournit un châssis d’Ami 8 (celui-ci est parait-il plus résistant que celui d’une 2CV) et une berline de 1972 qui affiche soixante douze mille kilomètres au compteur, elle offrira la carrosserie et l’ensemble boite de vitesses-moteur.
Le but du jeu est de tout démonter, nettoyer, renforcer et éventuellement remplacer par des pièces neuves, en commençant par le châssis renforcé par des tôles pliées et soudées dans les deux longerons avant afin de les raidir.
[u]


Les bras de suspensions avant ont été rigidifiés en coulant de la résine à l’intérieur.
A l’avant, le pare-chocs a été remplacé par un sabot, afin que la voiture puisse « glisser » sur les obstacles (pierres, ornières…) éventuels. Pour la même raison, une tôle d’aluminium de cinq millimètres a été fixée sous le moteur, pour le prémunir des chocs éventuels et les circuits de frein et d’arrivée d’essence ont été protégés.
Les pots de suspensions sont ceux d’une Ami 8, car ils sont plus gros, mais cette modification oblige à « crever »le plancher de la 2CV et à fabriquer de nouvelles protections pour empêcher la poussière d’entrer.
Le moteur est complètement révisé. Le circuit d’allumage, l’embrayage et l’ensemble chemises pistons sont neufs, le système antivol « Neiman » est déposé (risque de blocage par la poussière)





Les sièges d’origine sont remplacés par ceux d’une R5 pour un meilleur confort, une tôle d’aluminium de cinq dixièmes de millimètre remplace la capote hors d’usage afin d’éviter les vols trop faciles, de même une malle munie de deux cadenas est rivée au châssis à la place des sièges arrières. Elle renferme nos appareils photo et un ordinateur pour traiter les prises de vue. Une seconde malle fixée sur la porte de coffre abrite un peu de nourriture et de la vaisselle. Ouverte elle sert aussi de table.

Deux roues de secours sont boulonnées sur le toit, une troisième est fixée par des sandows.
Un ensemble de pièces de rechange et les outils indispensables sont logés dans le logement d’origine de la roue de secours.
Deux bidons de vingt litres pour l’essence, un pour l’eau, deux bouts de chemin de câble d’un mètre vingt de long qui font office de tôle de désensablement et une pompe à main complètent l’équipement.

La deuxième étape consiste à élaborer un itinéraire, avoir des congés et trouver un coéquipier.
Pour le voyage l’idée est de partir de Paris pour me rendre à Agadez par la route et d’y laisser ma voiture pour la récupérer l’année suivante et rentrer par l’Algérie. L’itinéraire passant par le Maroc, la Mauritanie, le Mali, le Burkina-Faso, le Bénin et le Niger.
Après d’âpres négociations, je finis par obtenir les dix semaines de congés qui me semblent nécessaires pour ce périple.
La revue 2CV Magazine a la gentillesse d’insérer une petite annonce pour que je puisse trouver un coéquipier. Dés la parution, je reçois plusieurs appels téléphoniques et je rencontre Jérôme avec qui le courant passe tout de suite. Pendant que je termine la préparation, Jérôme s’occupe des visas. Le départ est fixé au 26 décembre 2006.

Avant de narrer nos aventures, il me reste à remercier tout particulièrement :
Ma compagne qui non seulement ne m'a pas retenu, mais m'a encouragé au départ et qui a pris de son temps pour la correction de ces quelques pages.
Mon fils, qui a passé de nombreuses heures les mains dans le cambouis à préparer et bichonner la 2CV
Daniel, pour ses conseils précieux en mécanique
Jean Claude qui m’a constamment poussé à rédiger et enrichir ce petit livret sans prétention.
Et tout ceux qui nous ont aidé, que nous avons sollicité ou non, au cours de notre galère en Mauritanie : En France Alain , Muriel, Delphine, Christian (qui sans nous connaître, n'a pas hésité a convoyer nos plaques), en Mauritanie: Olivia de l’auberge Menata, Christian et Marie pour leur accueil, Ghulam pour sa gentillesse, Juste du campement Bab Sahara pour son aide, Maud pour son excellente cuisine et ses recommandations.
Au Mali Tokhomta Diallo, Tokhomta Coulibaly et leurs familles, Baba, Assa pour leur accueil.
Au Burkina-Faso : Léontine, Kadi, Zézé, Moussa, Ousmane, Fatim, Samy.
Sans oublier Jérôme qui fut un agréable compagnon de voyage.
A tous un grand merci, sans eux le voyage n’aurait pas été ce qu’il fut.


Dimanche 25 décembre 2005

Noël. Exceptionnellement je passe cette journée seul, j’ai fait mes adieux hier, aussi c’est sans regret que je charge la voiture de tout le matériel et que je pars chercher Jérôme à Rouen où j’arrive en fin d’après midi pour dîner et passer la nuit.


Lundi 26 Mardi 27 décembre

Sept heures trente, c’est avec un peu de retard sur l’horaire prévu que nous prenons la route en direction du sud. Cette fois-ci nous y sommes, le voyage tant rêvé commence vraiment. Pour l’instant les kilomètres se succèdent sur l’autoroute, la 2cv n’en a pas parcouru plus de deux cents que le compteur kilométrique rend l’âme, plus de totalisateur, ni d’indicateur de vitesse. Tant pis nous nous en passerons.
Seize heures, un accueil chaleureux nous est réservé cher Anne Marie et Jean à Pons, trois heures agréables où nous parlons voyage autour d’une bonne bouteille de vin et d’un steak.
En voulant tester l’allume cigare, le fil d’alimentation brûle, il ne sera réparé qu’à Bamako.
Il est cinq heures et nous nous endormons sur un parking avant qu’une heure plus tard, le froid ne me réveille. Je reprends le volant.
Treize heures, un bon restaurant pour rompre la monotonie de la route.
Deux milles kilomètres en trente six heures, il est dix neuf heures et nous voilà sur le port d’Algerisas. Le temps d’acheter un aller simple, de monter à bord du ferry et le voilà qui lève l’ancre. Quarante cinq minutes plus tard le pied est posé sur le continent africain dans l’enclave espagnole de Ceuta, que les marocains appellent Sebta.
Hôtel, restaurant et il est temps de dormir, j’en ai bien besoin.


mercredi 28 décembre.

Nous visitons la ville et j’achète un ordinateur pour le traitement de mes photos numériques.
Midi, nous nous présentons au poste frontière. Côté espagnol, nous passons sans encombre, côté marocain, passeport, contrôle du véhicule, papiers d’importation temporaire de la 2CV, change, tout se fait dans une relative bonne humeur.
Pendant ce temps, des centaines de ressortissants marocains, aussi bien hommes que femmes, souvent vieilles, attendent derrière une barrière que le poste de contrôle ouvre, pour passer avec de nombreux ballots. Soudain, ils sont libérés et c’est la ruée à travers le no mens land pour passer en premier. A ce moment, d’autres hommes qui jusque là attendaient en haut de la colline qui domine la frontière, dévalent la pente vers les hautes grilles. Ceux de l’intérieur jettent leurs bagages par-dessus l’enceinte, ceux de l’extérieur envoient des cordes munies de crochets pour récupérer les colis les plus lourds. La police intervient à coup de matraques et de courses poursuites.

J’entre au Maroc pour la première fois depuis plus de vingt ans, rien en apparence n’a changé, ni les voitures hors d’âge, ni les ânes et chevaux tirant des charrettes. Les femmes du Rif portent toujours le chapeau traditionnel et les hommes le burnous. Le long de la route qui traverse le Rif, sont toujours proposés des pains de kif. Chefchaouen que nous visitons est plus bleue que jamais mais les marchands de souvenirs ont envahi les rues et maintenant nous sommes abordés en espagnol.

A la nuit tombée nous trouvons un boucher, seul magasin encore ouvert dans un petit village, la viande de mouton pend à une esse dehors. Sept cent grammes sont achetés qui bientôt cuisent sur un brasero, la viande est délicieuse, accompagnée par un thé à la menthe.
Nous cherchons désespérément un endroit où planter la tente, mais il fait nuit noire et la terre est gorgée de l’eau des pluies des jours précédents. A l’approche de Mekhnès nous prenons un chemin de terre et nous nous apprêtons à passer la nuit dans la voiture. A peine sommes nous installés que quelqu’un sort d’une petite maison une lampe à la main, je m’avance. As Salam Aleikum, –Salam. Explications. Il ne parle pas français mais nous invite à entrer chez lui, deux petites pièces sans rien hormis un tapis et deux banquettes de part et d’autre d’une petite table basse. Bien que ne nous comprenant pas, l’accueil est chaleureux de la part de la famille composée du couple, d’une fillette et de la grand-mère. Au bout d’un moment, on nous accompagne chez un cousin qui a travaillé en France et qui parle un peu notre langue. Celui-ci offre de nous abriter dans une pièce de sa maison, avec pour confort un tapis posé sur la dalle béton. Nous nous y endormons.



Jeudi 29 décembre

Il y a cinq maisons sur le terrain où nous avons passé la nuit. Cinq frères ont construit là, après l’avoir acheté en commun. L’éclairage se fait a l’aide de Butagaz car la pose d’une ligne électrique se révèle être trop chère. Après une tasse de café et des remerciements, nous prenons peu après un petit déjeuner dans un bar de Mekhnès.

La matinée est consacrée à la visite de la médina dans laquelle une foule importante se presse dans de nombreuses ruelles dédiées à un type de commerce : poules vivantes, bouchers dont la devanture s’orne d’une tête de mouton, boeuf ou de chameau fraîchement coupées, poissonniers, confiseurs dont les gâteaux sont délicieux, coiffeurs, ferronniers, marchands de vêtements, de tapis, de condiments dont l’étal est minutieusement monté en pyramides d’olives, de poterie ou restaurateurs de vieilles portes. Les fruits sont excellents et la voiture se remplit de mandarines, provision pour les jours à venir.


Tajine de mouton avant de partir pour l’Atlas en début d’après midi. Tout de suite la route monte fortement avant de passer un col à mille neuf cent mètres, Azrou ville tout en montée est passée avant de traverser une forêt de cèdres. La route est tracée avec des pourcentages élevés qu’il faut le plus souvent aborder en première. Un nouveau col se profile. Le col du Zad à deux mille cent soixante dix huit mètres qu’il faut franchir dans un froid sibérien et des traces de neige fraîche. La chaussée descend maintenant en pentes douces comme un toboggan sur Midelt. Le paysage change rapidement pour devenir plus aride.
La nuit tombe et juste à la sortie de Rich, un hôtel convenable se présente.

Peu après notre arrivée, nous voilà, dans la chambre d’un des serveurs en compagnie de deux musiciens venus là jouer ce soir. Ils confectionnent un joint qui se fume à la pipe, Je n’y touche pas. Nous passons ensemble deux heures à bavarder avant d’aller déjeuner et d’être servis par notre ami tout en écoutant la musique des deux autres. Le patron nous offre une bière et le narguilé et nous montons nous coucher tard.





Vendredi 30 décembre

Nous faisons difficilement de la place dans la voiture pour un des musiciens, Ali qui redescend chez lui à Errachidia. Celui-ci nous invite à passer un moment chez sa mère, il fait les présentations, visiter la maison ( 3 étages), offre le thé. Ali doit se marier dans deux ans quand il aura assez d’argent mais la musique ne paye pas. Nous prenons congé.
Descente de la vallée du Ziz long ruban de palmiers parsemé d’oasis




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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:08

Arrivés à Erfoud, pour la première fois, nous voilà assaillis par les gamins qui veulent garder la voiture et par de pseudo guides pour vendre une nuit d’hôtel et une ballade dans les dunes de l’erg Cherbi. Au restaurant, le patron qui lui aussi à des nuitées à vendre, s’engueule avec des guides qui viennent nous solliciter. L’ambiance ne nous plaisant pas, plus tôt que prévu, nous roulons sur la piste en direction des dunes de Merzouga.


Le bivouac est établi derrière une dune et nous montons sur la plus haute pour admirer les changements de couleur du sable au coucher de soleil.






Samedi 31 décembre.

Dans la soirée un 4x4 tourne dans les dunes on voit ses phares balayer le ciel avant de s’immobiliser profondément ensablé, embrayage cassé.
La nuit à été fraîche et sur le matin humide de rosée aussi je suis levé de bonne heure. Les roues du train avant sont changées pour des pneus plus adaptés en vu des premières pistes.
A Taouz tout le monde veut se faire payer pour indiquer la piste de Zagora et il s’avère difficile de la trouver. Une fois repérée, on nous dissuade de l’emprunter car parait-il, dans un oued un banc de sable de cinq kilomètres serait infranchissable pour nous. Un homme en mobylette se propose de nous accompagner par un autre chemin moyennant huit cents dirhams. Refus. Les passagers d’un 4x4 arrivant en sens inverse pensent que peut-être nous pourrions passer. Il n’en faut pas plus pour que l’aventure soit tentée surtout que ce soir nous avons rendez-vous à l’oasis Mharech avec d’autre deuchistes venus eux du nord par une autre piste.
Le GPS est calé sur les coordonnées de l’oasis, il nous donne la distance et la direction, avec une boussole nous devrions trouver l’endroit. La piste se révèle être très praticable jusqu’à une quinzaines de kilomètres du but et malgré une ou deux erreurs de piste vite réparées, dues au fait que l’on suit de fausses traces, nous arrivons au fameux oued. Il est très ensablé et en montée, ensablement, petite reconnaissance à pied pour se convaincre que nous ne passerons pas. Moyennant quatre cent dirhams un jeune en mobylette nous emmène, en total hors piste, jusqu’à l’oasis. Il faut slalomer entre des épineux, monter et descendre des ravines, faire marche arrière et trouver un autre passage quand la voiture ne peut plus passer. C’est assez difficile et nous explosons un pneu sans même nous en rendre compte mais nous atteignons le campement par une gorge plutôt paradisiaque.
Nous sommes les premiers et une grande partie de la nuit, des 2CV arrivent. Nous réveillonnons de tajine, couscous, produits du terroir et champagne.








Dimanche 1 janvier 2006

Levé un peu tard avec un léger mal de crâne du à je ne sais quoi, peut-être les libations de la veille. Après des adieux aux deuchistes nous voilà en route pour Zagora par une piste roulante sur la majeure partie du chemin, il faut néanmoins veiller à ne pas se perdre en route, plusieurs essais sont nécessaires pour franchir une grande zone de sable mou, toute en montée. Sur la fin du parcours nous franchissons le Tizi-n-Tafilalet col extrêmement caillouteux, avec des pierres tranchantes, mais aucune crevaison n’est à déplorer, le châssis est bien marqué à force d’avoir heurté le rocher. Malgré tout ces deux jours ont été fabuleux, avec des paysages grandioses. Entre hier et aujourd’hui notre voiture aura parcouru deux cent soixante kilomètres de pistes.








Ce soir la douche est appréciée avant de déjeuner au restaurant et dormir au camping sous une khaïma.


Khaïma avec un tréma sur le ï. La prononciation s'approche de rail ma... La khaïma est une tente saharienne tissée originellement en poils de chameaux, actuellement elle est plutôt en coton, ou l'on se rassemble à l'étape pour palabrer de tout et de rien

Lundi 2 janvier

Un petit déjeuner gargantuesque (œuf, café, orange, beurre, pain, confiture) avalé, nous faisons un tour chez un mécanicien pour acheter un pneu d’occasion et faire l’entretien de la voiture (vidange, dépoussiérage, graissage) L’équipe des mécanos est aux petits soins pour nous.






La vallée du Drâa est remontée par la route en direction de Ouarzazate. A 25 km du but dans une longue descente, une bougie s’arrache de son logement, un peu inquiet nous la remplaçons.
En ville, je laisse deux colis de livres de classe au directeur de l'association Azekka, installée dans des locaux composés d’un petit bureau avec un ordinateur obsolète, une bibliothèque de livres écrits en arabe et en français et de deux pièces dont une sert de jardin d’enfants pour une trentaine de mômes.

Azekka Veut dire demain en berbère
Azekka France-Maroc est une association d'aide au développement, qui a pour but d'organiser une collaboration dans les domaines de l'éducation, de la culture, du développement rural, de l'environnement et de la santé des villages du sud marocain

Ouarzazate étant une grande ville qui ne nous attire pas particulièrement, nous voilà repartis. Cent cinquante kilomètres plus loin, la bougie saute de nouveau, nous la remplaçons, il fait nuit depuis un moment aussi décidons-nous de prendre une chambre dans un hôtel à Taliounine tout proche, nous aviserons demain.

Mardi 3 janvier

Nous sommes à mille mètres d’altitude, la nuit dans cette chambre non chauffée a été très froide, malgré les couvertures généreusement déployées. Renseignement pris il n’y a pas de garage dans la localité, il faut rallier Taroudant. Nous partons à vitesse réduite, peu après dans la descente d’un col, un accident entre une petite camionnette emplie d’une famille de marocains qui montait et un camion d’assistance qui ralliait par la route l’étape du soir. De la voiture détruite ont été retirés quatre corps sans vie et deux personnes gravement blessés. Ce camion faisait parti d’un convoi de trois, un est resté sur place pour le constat, les autres sont garés un peu plus loin et leurs passagers sont affairés à réparer. C’est le chauffeur qui nous raconte l’accident : la voiture qui roulait vite dans un virage aurait été à gauche et le camion qui descendant doucement n’aurait pas pu l’éviter, mais j’ai des doutes sur la véracité du récit.


Au bout de deux longues heures d’incertitude, à l’entrée de Taroudant, arrêt dans le premier garage rencontré. La culasse est rapidement démontée, taraudée dans un autre atelier, la pose d’un insert est réalisée le tout est remonté avec une nouvelle bougie,en moins de deux heures.
Nous respirons et reprenons la route.






Extrait du carnet de bord

Départ vers 14 heures. La voiture tourne comme une horloge, huit kilomètres et nouvel arrêt, pour un bon déjeuner bien mérité. Ensuite nous roulons trois cents kilomètres jusqu'à Tan Tan la plupart du temps de nuit, mais peu avant Guelmin, un bruit suspect, qui va s'amplifiant.
-On dirait un roulement de roue avant.
-Je ne crois pas, plutôt un cardan.
-Non un roulement...T'as raison un cardan.
-Un garage arrêtes-toi
-Le garagiste: C'est la bougie.
-Touches pas à la bougie, c'est celle qu'on vient de changer.
Nous laissons là ces charlatans et inspectons la voiture un peu plus loin. Finalement il apparaît après vastes investigations et angoisses que deux écrous de gougeons de roues arrière sont desserrés, probablement mal remis lors du changement dans l'oued.

Nous dormons à Tan Tan dans un hôtel pas cher avec pour une fois de l’eau chaude dans la douche mais en contrepartie, il faut partager la chambre avec les cafards.

Mercredi 4 janvier

Tan Tan la ville est ce matin sous un épais brouillard. Après avoir changé de l’argent à la banque et pris un petit déjeuner copieux, nous partons pour le sud pour huit cents kilomètres de routes dans un paysage plat, avec à droite parfois, l'océan et quelques chalutiers échoués, à gauche, du sable, des cailloux, à perte de vue, bref une hamada, des camions et voitures, de plus en plus rares à force de descendre. Au dessus ciel bleu à l'infini. Nous avons coupé le chauffage. De nombreux barrages de police parsèment la route, les policiers sont courtois et demandent systématiquement le passeport ainsi que de nombreux renseignements.
A Dakhla. L’hôtel ressemble à celui d’hier avec les cafards mais en plus sale et sans eau chaude, ce qui n’empêche nullement de bien dormir


Extrait du carnet de bord

Maréchaussée marocaine
Voilà qui réconcilie avec toutes les polices. Que voila de braves gens !
S'ils vous arrêtent, c'est pour demander des nouvelles, voir si tout va bien, parler du pays, bref tailler la bavette en toute amitié. Commettez-vous une infraction sous leur nez, du genre doubler sur une ligne blanche, ou ne pas marquer le stop (nous n'avons pas tenté les 2 ensemble) ils ne disent rien sinon un grand bonjour.
Ah détail, j’allais oublier : il ne faut pas être marocain.


Jeudi 5 janvier

De Dakhla à Nouadhibou, quatre cents kilomètres nous attendent aujourd’hui, ils ressemblent à ceux d’hier, même paysage, même espace illimité de reg, même belle route, seulement interrompue au niveau du no mens land entre les postes frontières marocain et mauritanien par trois kilomètres non goudronnés, avec du sable et beaucoup de cailloux. Du coté du royaume chérifien de beaux bureaux bien équipés, alignés dans un bâtiment de béton au milieu d’une cour goudronnée. Passage obligé par la police, par le bureau pour les papiers de la voiture, et la douane toujours avec le sourire, un dernier contrôle avant que la barrière ne se lève. Entre les douanes, se livre un important trafic de véhicules, on dirait une casse ou un garage, des voitures changent de main. Coté mauritanien, trois bureaux en tôles qui donnent l’impression de bidonville. L’accueil est sympathique, brouillon et nonchalant, contrairement à ce que l’on nous avait dit personne ne nous demande de bakchich.
Autant il n’y a presque pas de circulation sur la route qui conduit à Nouadhibou, autant celle-ci est intense dans la ville construite toute en longueur le long du Cap Blanc qui déjà étroit est partagé en deux entre Mauritanie et Maroc.
Nous voici installés au camping en ville, il y a là une quarantaines de voitures anglaises qui participent au raid Plymouth Banjul « No money, no sense, no worry » qui avec leur vieux véhicules, leur smokings, vielles toilettes apparaissent complètement déjantés mais extrêmement sympathiques.
Nous mangeons au camping une cuisine sénégalaise, chère mais en contrepartie, la cuisinière est adorable. La nuit fraîche nous voit confortablement installés sous une Khaïma avec plusieurs couvertures fournies par le gérant.




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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:09

Vendredi 6 janvier

Partis à pied prendre le petit déjeuner en ville nous nous arrêtons chez le boulanger, un comptoir encombré de sacs de farines et largement ouvert sur la rue, pour acheter deux baguettes que nous faisons beurrer sous une couche de confiture avant de traverser la rue pour prendre un thé au café. Cet établissement est tenu par un gambien de Conakry qui rêve de passer en Europe. Le prix du billet pour l’espoir est de trois mille euros alors qu’il n’en gagne que quarante cinq par mois, en attendant ils sont deux à tenir cette petite boutique composée de quatre tables crasseuses, d’une banque réfrigérante, d’une petite cuisine sans évacuation des fumées de l’huile noire à force d’avoir frit, et d’un téléviseur qui diffuse euronews.
Nous passons à la gare d’embarquement des voitures sur la plateforme à destination de Zouerate. Le train minéralier qui parait-il est le plus long du monde part aujourd’hui avec la plateforme, mais nous n’avons pas encore visité la ville et notre linge à été donné à laver et doit en ce moment sécher au camping, en conséquence nous verrons demain si il y a un départ.
Nous essayons de nous rendre sans succès à l’extrémité du Cap Blanc, chaque chemin emprunté donnant immanquablement sur une usine enfin une plage accueille nos roues. De nombreux bateaux entièrement rouillés sont échoués ou ancrés à une encablure du rivage. Mohamed originaire de Saint Louis du Sénégal travaille ici de temps en temps pour démanteler des bateaux, actuellement il ramasse du bois déposé par l’océan et ne rêve que de rentrer chez lui. Ali garde deux bateaux de pêche algériens saisis par la marine mauritanienne pour infraction à la pêche, ils sont échoués côte à côte depuis huit ans en attendant que leur armateur payes les taxes et Ali espère être rémunéré un jour.






De retour en ville nous déjeunons d’un sandwich à l’omelette chez le guinéen et laissons passer deux heures à l’ombre le temps que la grosse chaleur se dissipe.
Une femme nous offre de boire le thé chez elle. Elle nous précède dans une pièce nue avec des matelas tout autour pour s’asseoir et au centre une petite table basse pour la cérémonie du thé. Il n’y a là que des femmes et je me demande un instant si ce n’est pas un lupanar, mais non juste une invitation. La femme qui nous invite a une fillette d’une dizaine d’années dont le père français tient une auberge à Atar. C’est la gamine qui prépare les trois thés rituels avec dextérité.
Une heure plus tard la ville commence à s’animer. La circulation composée pour la plupart de 4L, R12, 404, Mercedes à l’état d’épaves qui roulent encore est indescriptible jusque tard dans la nuit, avec des charrettes tirées par des ânes ou des tracteurs venant du port et remorquant des conteneurs. Il n’est pas rare de voir au milieu de la chaussée une voiture immobilisée par une panne mécanique. Un peu plus loin, beaucoup d’agitation, c’est d’ici que partent les grands taxis à destination de Nouakchott qui ne s’ébranlent qu’une fois toutes les places vendues, aussi les chauffeurs font du racolage.








Ce soir nous rencontrons un gambien qui a tenté de passer en Europe via le Mali, l’Algérie et le Maroc où il s’est fait dépouiller de ses papiers, de son argent puis abandonné en plein désert. Récupéré par une ONG qui l’a rapatrié sur Nouadhibou où il exerce de petits métiers il espère reprendre un jour des études.
Trente six heures après mon arrivée ici, j’ai appris à aimer cette ville composée de maisons sans étage, sale, avec une ambiance de capharnaüm où les gens sont charmants, d’agréable compagnie, pas « chiants » et où les femmes me semblent belles.

Samedi 7 janvier

Ce matin nous passons à la gare pour voir si nous pouvons embarquer sur le train de Zouerate. Hélas, il n’y a pas de plateforme avant quatre jours aussi décidons nous de rallier Atar par la route soit près de neuf cents kilomètres.

Après le petit déjeuner chez notre guinéen, le plein de la voiture effectué nous quittons Nouadhibou.


Au départ nous longeons la voie ferrée sur une quarantaine de kilomètres et nous voyons passer un des trains minéralier interminable. Jusqu’à Nouakchott le paysage est toujours aussi plat, avec quelques pâturages à chameaux et de nombreuses khaïmas et ça et là quelques dunes de sable blond. La route toute neuve est un véritable plaisir pour la conduite.

En chemin, nous prêtons une clé de dix neuf au chauffeur d’une 404 bâchée en panne au bord de la route pour qu’il puisse retirer deux goujons de roue. La camionnette doit transporter du poisson séché, il règne autour une odeur épouvantable et comme partout en signe d’hospitalité et en remerciement, un thé nous est offert dans des verres qui n’ont pas du être lavés depuis des décennies.




Le reg est de plus en plus plat et le sable s’est mis à courir sur la route, tellement fin qu’il en est presque impalpable, poussé par un vent violent qui s’est levé entre temps,venant de l’intérieur des terres.


La traversée de la capitale s’avère difficile tant il y a de la circulation, à la sortie de la ville alors que nous prenons la route d’Atar, nous croisons de nombreux concurrents du Dakar et apercevons sur une base militaire leur Barnum.

Un peu plus loin à la tombée de la nuit, nous écartant de la route, nous bivouaquons.


Liberté par les Chamelles est une association loi 1901 créée principalement par une infirmière et un retraité agricole. Ils axent leurs actions au sud d'Atar, dans une région comprenant 18 petites oasis où il y a peu de pistes, et où les "grosses ONG" ne vont pas.
Des dentistes puis plus récemment OSF y sont venus avec eux (à dos de dromadaires jusqu'en 2001 !) En 1999 ils ont créé " Liberté par Les Chamelles ".
Louis Chardon, retraité agricole, organise environ 5 missions annuelles en 4x4 d'oasis en oasis, ou parfois en poste fixe à Atar. Il est maintenant secondé par Annick Poulingue. Lysiane Pradines, infirmière, participe à un voyage par an, et gère les besoins en médicaments de l'ensemble des missions.
http://libertechamelles.free.fr

Dimanche 8 janvier

Le soleil me réveille et bientôt nous reprenons la route en direction d’Atar. Le paysage ne changera qu’à partir du village d’Akjoujt d’abord une petite steppe puis des moutonnements de terrain, prémices de l’Adrar, les montagnes tabulaires qui entourent la troisième ville de Mauritanie.

En arrivant nous allons voir Ghoulam pour lui remettre deux colis que nous a donné l’association « Liberté par les chamelles » pour lui.
Ghoulam est un Mauritanien originaire du sud, de Rosso au bord du fleuve Sénégal. Infirmier, il est installé depuis plus de 20 ans à Atar, Très pieux mais sans ostentation « Je n’ai pas besoin de me montrer à la mosquée pour croire en Dieu », il s’occupe de plusieurs associations, presque sans argent, il réussit a envoyer des enfants, se faire opérer en France ou au Sénégal. Il a longtemps accompagné des infirmiers, médecins, dentistes, ophtalmologistes vers les campements de nomades. Aujourd’hui, il incite les habitants de son quartier à ramasser les ordures pour les porter dans une décharge où elles seront incinérées. Il rêve d’offrir aux plus pauvres quelques poules afin de démarrer un élevage et de vendre les œufs à Nouakchott.
Discuter avec lui est un vrai plaisir. C’est probablement le seul personnage que j’ai eu l’occasion de rencontrer, susceptible de me faire croire en un Dieu.


Avec lui, je vais chercher à l’aéroport Edith une infirmière qui travaille avec l’association et tous les quatre nous allons au restaurant chez Maud avant de coucher chez Ghoulam.

Au cours de la nuit, je suis réveillé par un léger bruit dans la pièce, trop tard, le voleur s’enfuit avec ma sacoche contenant passeport, papiers de la voiture et argent. Le temps de me lever et sortir dans la rue, il n’y a forcément plus personne. Deux mauritaniens qui passaient par là avec leur voiture, m’emmènent faire un tour pour voir, mais en vain. Gentiment ils me conduisent au commissariat pour déposer une plainte et je m’en retourne me coucher, on verra bien demain.

Lundi 9 janvier

Visite matinale à la gendarmerie.
Enquête, d’où il apparaît qu’il s’agit d’un vol avec effraction, le voleur étant passé par l’école coranique adjacente, et fracturé la porte menant sur la toiture avant de redescendre par un escalier dans la cour de Ghoulam.
Visite d’Atar toujours aussi encombrée par les sacs plastiques cela n’a pas changé depuis ma visite deux ans auparavant. C’est une ville « touristique » dans la mesure où pendant quatre à cinq mois d’hiver, deux vols hebdomadaires viennent depuis Paris amener des touristes avides de désert. Ceux-ci ne restent pas et partent aussitôt à bord de 4x4 vers Chinguetti, Terjit, Oualata…




Nous avons rencontré Marie et Christian qui nous font essayer leurs 2CV bimoteurs dans la Batta voisine (Batta = Oued très ensablé.). Cette voiture développe une puissance assez impressionnante dans le sable mou.




Le soir nous invitons Ghoulam, Marie et Christian au restaurant chez Maud.
Maud est une provençale de soixante dix ans qui vit là quatre mois par an et qui fait une excellente cuisine, ce qui nous change de ce que nous mangeons habituellement.

Mardi 10 janvier.

Aujourd’hui, c’est la fête de Tabaski (appelée aussi Aïd dans d’autres régions). Toute la population est « endimanchée » et partout on nous offre des morceaux de mouton.
Après avoir reçu de mauvaises nouvelles concernant le duplicata de carte grise, (En gros il faudrait rentrer en France, faire une déclaration de vol, aller à la préfecture, et revenir), nous échafaudons un plan pour récupérer une autre carte grise.
En milieu d’après midi, nous reprenons la route de Nouakchott (quatre cents kilomètres).




A une cinquantaine de kilomètres de la capitale, nous bivouaquons. Comme à mon habitude, je dors à la belle étoile. En milieu de nuit, et bien que ce ne soit pas la saison, le ciel déverse des cataractes d’eau. Je suis trempé et comme Jérôme occupe la 2CV, j’essaye de m’abriter sous une bâche. Nuit longue, humide et glacée.


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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:11

Mercredi 11 janvier

Nous arrivons de bonne heure à Nouakchott et nous nous rendons aussitôt à l’ambassade de France pour faire refaire mon passeport. Comme je n’ai pas de photocopie du passeport volé, il faut compter au moins trois jours.
Nous nous installons à l’auberge Menata qu’Olivia (Française mariée à un Mauritanien) gère.
Cette auberge est recommandée par tout ceux que nous rencontrons. En fait elle est occupée par de nombreux 4x4 dont les propriétaires descendent pour la plupart vers le Sénégal. L’ambiance ne nous plait pas et de plus l’endroit est bruyant.
Olivia accepte de réceptionner ma nouvelle carte bancaire qui doit arriver sous peu.
Nous profitons de l’après midi pour faire un grand nettoyage de la voiture, et récupérer en faisant la sieste.

Voici la stratégie mise au point après de nombreux coups de téléphone, pour que notre vaillant coursier retrouve une identité : Récupérer une carte grise et une plaque de châssis sur une 2CV hors service. Faire faire un jeu de plaques d’immatriculation correspondant. Trouver un passager qui vienne en Mauritanie par avion, et qui veuille bien nous convoyer le tout.
Changer l’identité du véhicule. ……Simple.

Dans la série « Et pourtant elles roulent »





Jeudi 12 janvier.

Comme nous ne devons récupérer le passeport au minimum que lundi, nous remontons sur Atar. Et c’est reparti pour quatre cents kilomètres de lignes droites, dans un paysage que l’on commence à connaître. D’abord de petites dunes rouges et blanches, puis un reg sans fin, avant d’aborder quelques plateaux tabulaires que les Mauritaniens appellent Adrar.






Arrivés à Atar, nous rendons visite à Ghoulam.


En fin d’après midi, nous allons visiter Marie et Christian qui nous emmènent voir Juste, un hollandais marié à une allemande. Ces derniers tiennent un campement pour touristes « Bab Sahara » (La porte du désert)
Après quelques coups de téléphone, Juste nous a trouvé un de ses clients qui accepte de prendre en charge notre colis sans poser de question. Son arrivée est prévue dimanche.

Nous avons donc deux bons jours devant nous, et Christian nous propose d’en profiter pour aller tâter des dunes en 2CV bimoteurs.
Nous logeons donc chez Marie et Christian et les emmenons dîner chez Maud.

Vendredi 13 janvier.

Nous faisons le marché pour deux jours, puis le plein des réservoirs, et nous voilà parti avec les deux 2CV bimoteurs. Jérôme est avec Christian, je suis en compagnie de Marie. Sur piste les deux moteurs n’offrent pas grand intérêt, sauf en cas de côte prononcée.
Les moteurs peuvent être mis en route indépendamment l’un de l’autre et il est possible de débrayer la transmission arrière. La consommation peut atteindre trente litres sur sable en hors piste.

Au sortir d’Atar, nous prenons la direction de Chinguetti et abordons la passe d’Ould Ebnou. Piste au départ, elle a été goudronnée par un riche marchand originaire de Chinguetti, dans les quelques kilomètres de montée très raide. Le travail a été réalisé par les Chinois, mais la route s’éboule par endroits, il n’est pas rare qu’il y ait des chutes de pierres. Ne pas s’attarder


Au sortir de la passe, peu après le poste de police où nos papiers sont contrôlés, prendre à gauche la piste caillouteuse pour atteindre la passe de Zarga très ensablée. La passe est située au pied d’un Adrar, et il n’y a pas trop des quatre roues motrices pour franchir quelques dunes.








Au sortir de la passe, quelques femmes nomades attendent à l’ombre les rares touristes qui passent par là.
Nous profitons aussi de cette ombre pour nous reposer et déjeuner. Elles, elles en profitent pour déballer tout ce qu’elles ont à vendre puisqu’elles sont là pour ça, et moi puisque aussi bien je suis touriste, je passe d’un étal à l’autre, pour marchander et finir après moult négociations, par acheter un collier en bronze.
Leur journée est faite, le village étant de l’autre côté de la passe, leurs balluchons sont chargés sur la voiture et déposés chez elles, tandis qu’elles rentrent à pied, allégées.








Nous partons plein Est, en franchissant de très nombreux cordons de dunes, en forme de croissants appelées « barkhane ». A la tombée de la nuit, au beau milieu de nulle part, entourés de dunes, nous bivouaquons, alors que la lune est pleine. Pas un bruit. Promenade. Sommeil du juste.








Samedi 14 janvier

Après un rapide petit déjeuner, nous repartons, toujours plein Est, à travers les cordons de dunes, cherchant la sortie de ce labyrinthe.
La piste rejointe nous conduit à Chinguetti, considérée comme la septième ville sainte de l’Islam.




Aujourd’hui, la ville n’est plus que l’ombre d’elle-même. Envahie par le sable, elle survit grâce à l’aide de ses enfants partis à Atar ou Nouakchott. Quelques auberges ont ouvert aux abords de la ville pour recevoir les touristes.
Pourtant cette ville fut prospère, car située sur la route des caravanes qui reliaient le sud marocain au Soudan (sahel). Tout comme Tombouctou, elle attirait de nombreux érudits, et possédait de nombreuses bibliothèques familiales (il en reste encore quelques unes avec des livres datant de plusieurs siècles, remarquablement conservés grâce à l’air sec ambiant.)
La ville s’anime, comme toutes les oasis de la région, en juillet août, au moment de la guetna (récolte des dattes), car toutes les familles disséminées au loin ou en ville, se rassemblent pour cette fête.

Visite rapide de la ville que je connais déjà.
Achat de quelques babioles. (Cela dure toujours un peu du fait des marchandages, mais c’est un tel plaisir.)
Nous partons dans la palmeraie pour déjeuner à l’ombre des palmiers, puis rentrons sur Atar par la piste.














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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:12

Dimanche 15 janvier

Christian et Marie ont loué pour les quatre mois qu’ils passent ici tous les ans, une maison de type mauritanienne. Elle est composée d’une cour au milieu de laquelle est un puits pour l’eau des repas, de la douche, des toilettes. Autour de la cours quelques bâtiments en banco, munis de portes si petites qu’il faut se baisser à chaque passage. Pas d’étage, pas de fenêtres mais un escalier extérieur, aux marches irrégulières pour accéder à la toiture en terrasse. L’éclairage est assuré par une ampoule d’au moins quarante watts et qui ne fonctionne que si celle de la pièce d’à coté est éteinte. Pour lutter contre les moustiques, ils ont monté à l’intérieur leur tente de camping. Le tout n’est pas très confortable, mais les voisins fournissent chaque jour le pain frais, et la nuit le bélier bêle, puisque c’est son rôle, dans une maison si proche que l’on à l’impression qu’il est au pied du duvet.

Au matin, nous rendons visite à Ghoulam, avec qui nous parlons longuement en sirotant un thé.

Au détour d’une rue, nous voilà nez à nez avec une magnifique Acadiane bleue A son bord Lydie et son compagnon, qui rentrent d’une virée de deux mois entre le Mali et le Burkina Faso. Infirmiers tous les deux, ils ont convoyé sur Bamako une autre Acadiane et divers matériel. En discutant autour d’un coca, je me rend compte que j’ai eu Lydie au téléphone quelques mois plus tôt, elle était à la recherche de renseignements pour la préparation de sa voiture. Etant à cours d’argent (ils se sont fait voler le leur dans la voiture), nous leur en donnons un peu, pas trop car en Mauritanie il est impossible d’en retirer avec une carte bleue, et si vous vous en souvenez, ayant subit la même mésaventure, nous n’avons plus de liquide.

En fin d’après midi, nous récupérons la nouvelle identité de notre véhicule. Nous préparons les nouvelles plaques au fond du garage de Juste, afin de pouvoir effectuer rapidement l’échange. En effet pour les autorités locales, le véhicule doit resté immatriculé en 93 pour être conforme à la déclaration de perte de papiers, l’échange devant s’effectuer peu avant la sortie du territoire. Reste encore à récupérer la carte bleue et le passeport.
De nouveau, nous dînons chez Maud qui nous donne une foule de contacts tant en France qu’en Mauritanie pour le cas ou nous aurions encore besoin d’aide.



Lundi 16 janvier

La route nous appelle, il est temps de faire nos adieux. Ces quatre cents kilomètres, pour la capitale, nous commençons à bien les connaître.
Arrivés à Nouakchott, je récupère la carte bancaire auprès d’Olivia, mais il est trop tard pour se rendre à l’ambassade.
Installation à l’auberge de jeunesse et de l’amitié, petit nid tranquille au cœur de la ville où il y a juste de la place pour la 2CV. A part nous, seuls deux routards sont logés là. Pour la première fois, nous pouvons voir la télévision (TV5), et le journal de vingt heures.
Petit tour de ville, change et nous dînons d’une pizza arrosée d’un coca, véritable délice.
Tout en mangeant à une table sur le trottoir, nous observons les mauritaniens venir acheter leurs pizzas à bord de leurs Mercedes, Ils n’en descendent jamais, et se fond servir. « Drive-in »
En Mauritanie, il est quasiment impossible d’effectuer le change dans une banque. Tout se fait au noir dans la rue ou dans de petites échoppes, et il faut négocier serré pour avoir le meilleur taux (Mieux vaut être renseigné avant d’arriver) L’argument massue qui nous est opposé « l’euro vient de baisser », faire mine de partir pour que le cours de l’ouguiya baisse.

Quelques vues du marché Capitale, c’est son nom, à Nouakchott








Mardi 17 janvier.

Après avoir récupéré mon nouveau passeport, nous faisons établir un visa d’un mois avec deux entrées à l’ambassade du Mali. Ces démarches effectuées, le reste de la journée est consacrée au tourisme.
D’abord la plage qui va de Nouadhibou à Saint louis du Sénégal, soit en gros toute la façade maritime de la Mauritanie. Près d’un marché aux poissons règne une intense activité. Des centaines de barques sont tirées sur la plage, d’autres sont mises à l’eau, d’autres encore sont au large. Des jeunes jouent au foot, des femmes sont assises et attendent le retour des pêcheurs, certaines ravaudent les filets, de nombreuses charrettes attelées à des ânes sont en attente.










De retour de la plage, longue promenade en centre ville et banlieue, car nous nous perdons beaucoup.
A certaines heures, la circulation est dense et anarchique, nous doublons n’importe comment, sans règles, la loi du plus fort, et le plus fort c’est Jérôme. A Nouakchott, il y a pas mal de Mercedes neuves, mais aussi de nombreuses épaves ambulantes, et il n’est pas rare de voir une voiture immobilisée au milieu d’un carrefour, arbre de roue cassé. Sortis des quelques rues qui forment le centre ville autour de la mosquée saoudienne et des ambassades où il y a un peu de goudron mangé sur les bas cotés, les quartiers périphériques débordent d’activité. Etals au bord des routes, épiciers, marchands ambulants, commerces de tout (neuf et usagé), garagiste, fruits, volailles, poissons séchant à même le sol, marché aux bestiaux. Au milieu de tout cela, piétons, charrettes, voitures, camions tentent de se frayer un chemin. Heureusement, si les mauritaniens conduisent n’importe comment, ils conduisent doucement et il y a peu d’accidents.










Mercredi 18 janvier

Depuis quelques jours, les nuits sont fraîches contrairement à ce qui devrait être à cette latitude.

Après un petit déjeuner composé comme souvent de pain, confiture, café en poudre pour Jérôme et pour moi thé Lipton jaune en sachet, celui que l’on trouve partout en Afrique, nous reprenons la route vers le sud.

La route du Sénégal nous étant fermée pour cause d’ancienneté de notre fidèle 2CV, nous longerons la frontière jusqu’à Ayoûn el Atroûs, par la route de l’espoir, soit près de 1000 kilomètres pour pénétrer au Mali par Nioro.
La « route de l’espoir » est appelée ainsi car la Mauritanie l’a fait construire par les Brésiliens pour désenclaver l’est du pays et relier la capitale au centre de l’Afrique.

Au début, la route en direction de Boutilimit est une succession de toboggans à travers des dunes de sable rose, gris, blanc, ocre, le tout sous un fort vent latéral, puis le paysage devient plus monotone. De nombreux cadavres de moutons, vaches, chameaux bordent la route, ils sont là suite à un accident comme en témoignent les carcasses de véhicules, ou plus couramment morts au cours d’un transport en camion et abandonnés là.
Nous dormons à la belle étoile après avoir avalé un plat de nouilles.




En Mauritanie, les hommes portent une sorte de djellaba bleue, plus rarement blanche, avec une grande poche cousue à la hauteur du cœur. Quand ils veulent uriner, ils s’accroupissent dans la rue. Longtemps nous nous sommes demandé ce qu’ils faisaient, il faut dire aussi que le sable « boit » tout quasiment instantanément.
Les femmes, elles, portent de jolis voiles de couleurs, mais ne sont pas voilées.

Le Sénégal n’autorise pas les véhicules de plus de cinq ans à pénétrer sur son territoire s’ils ne sont pas munis d’un CPD (Carnet de Passage en Douane). Ce carnet est à souscrire en France auprès de l’Automobile Club, contre une caution de la valeur du véhicule, avec un mini de 2 250 Euros)

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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:14

Jeudi 19 janvier

Nous sommes à cent kilomètres de Kiffa, que nous rejoignons bientôt, à travers un magnifique paysage de montagnes.
Notre projet est de rejoindre Kayes au Mali, une piste part de Kiffa dans cette direction, mais des bancs de sable s’avèrent infranchissables pour nous et prudemment nous faisons demi tour après quelques galères. Cela représente plusieurs centaines de kilomètres de détour. Pour l’instant la route est belle, et le restera, à part quelques nids de poule, jusqu'à Nioro.
Depuis Kiffa de nombreux contrôles de police ponctuent la route et comme nous avons négligé de prendre l’assurance voiture pour la Mauritanie, il faut sans cesse nous justifier. Nous y parvenons avec beaucoup de palabres, quelques stylos (trois) et cachets d’aspirine (huit).






En fait, nous n’avons pas ou plus : l’assurance pour la voiture, la déclaration sur l’honneur, suivant laquelle, le véhicule ne sera pas revendu en Mauritanie, sur le passeport, le tampon d’entrée de la 2CV et mon visa que je n’ai pas fait refaire à Nouakchott.
Comme on dit ici Inch’Allah .
Un peu avant la frontière, nous changeons l’immatriculation de la 2CV
Avec cette nouvelle identité, nous nous présentons au poste de douane, celui-ci est situé à vingt kilomètres de la frontière, à Gogui. Des gamins nous indiquent que le douanier fait ses courses au marché en ville, et qu’il faut attendre. Vite nous partons en direction du Mali. Arrivés au poste de gendarmerie nous entamons la conversation suivie d’une véritable négociation.
"Vous n'avez pas le tampon de la douane"
"Y avait personne, mettez le s’il vous plait."
Le gendarme assis à son bureau entrouvre le tiroir où se trouve une palanquée de tampons.
"Et ça coûte combien?"
"Dix euros par personne"
"Non cinq chacun."
"OK" Coup de tampon, et roule.
Deux kilomètres plus loin, nouveau barrage.
"Zut"
"Bienvenue messieurs, vous êtes au Mali"

Arrivée à Nioro de nuit, sans rencontrer un douanier. Nous nous adressons au commissaire de police qui fait sa ronde. Après nous avoir dit d’accomplir les formalités demain, il nous indique un hôtel et où changer de l’argent.
Les ouguiya mauritaniens n’ayant pas cours ici (d’ailleurs il ne nous en reste plus, ils sont passés dans le réservoir) nous changeons cent cinquante euros chez le……pharmacien.
Nous louons une chambre pour quatre mille CFA dans laquelle Jérôme préfère monter la tente. Personnellement je couche sous la moustiquaire trouée de l’infâme pièce. Petit tour de ville nocturne et nous mangeons un plat de nouilles au bord du trottoir, pour deux cents CFA chacun.
Aujourd’hui, c’est la fête pour le quarante cinquième anniversaire de la création de l’armée malienne. Tirs de canon et discours du président Amadou Toumani Touré. Bonne nuit.


Vendredi 20 janvier

Ce matin, douche avec un seau dans la cour, revigorant.
Formalités d’entrée dans le pays, nous passons successivement à la douane (neuf mille quatre cent CFA, avec reçu), police (deux mille CFA sans reçu), assurance (sept mille deux cent CFA pour dix jours).
Salves de canon. Après les cérémonies à la caserne de nombreux soldats, dont beaucoup de femmes, déambulent dans la rue.
Premier marché africain : Epices, légumes, très coloré, bonne ambiance détendue. Nombreux contacts, hommes femmes, enfants, beaucoup veulent se faire photographier, avec le sourire. Grand succès avec l’appareil photo numérique.










Si hier au soir nous avons pu manger facilement des nouilles, mais nous aurions tout aussi bien pu prendre de la viande ou de la soupe, les repas étant cuisinés en bordure de route et pris sur de petites tables, ce midi, il est quasiment impossible de trouver de quoi manger de la même façon.
Visite d’une petite fabrique de meubles.




Scènes de vie








Vers le milieu d’après midi, nous décidons de reprendre la route, ou plutôt la piste, car nous en avons repéré une qui va de Nioro à Kayes, notre prochaine destination. Cette piste peu fréquentée nous permet d’économiser quelques dizaines de kilomètres de bitume, mais elle a aussi un parfum d’aventure. Après divers avis et plusieurs hésitations sur le bon itinéraire, plein d’essence fait, nous nous élançons. Au début, elle est très roulante, à travers une plaine où apparaissent les premiers baobabs.


Quelques ornières et bancs de sable obligent à sortir de la piste, tantôt à droite, tantôt à gauche, il faut de temps en temps se rapprocher pour reconnaître ce cordon ombilical qui doit nous relier à Kayes. Ce qui devait arriver…..arriva, nous reconnaissons la mauvaise piste et nous voilà parti. Le doute s’installe peu à peu au vu de la raréfaction des traces. La confirmation de notre bévue nous est donnée à un village où nous demandons notre chemin. L’erreur ne serait que de sept kilomètres trop au sud. A force de gestes on nous remet dans la bonne direction, cap au nord, suivre une trace à peine visible à travers les broussailles jusqu’à la piste que l’on fini par rejoindre, tout en se demandant si c’est bien la bonne




Arrêt dans le village de Youri, ce qui permet de vérifier que la piste suivie est la bonne. La population nous offre un accueil chaleureux, il faut dire qu’il ne passe pas grand monde par ici. Le plein d’eau en prévision du bivouac de ce soir est fait au puit ce sont les enfants du village qui accomplissent cette tâche.




Nous roulons encore une heure et demie sur une piste de moins en moins bonne, avec de nombreux bancs de sable que l’on peut éviter.
Le campement est établi près d’une petite chaîne de collines, à côté d’un arbre solitaire, sur une herbe jaunie. Personne. Seul le chant de deux ou trois grillons.
Il fait de plus en plus chaud la journée et pour la première fois, j’ouvre le duvet.




Nuit étoilée, ciel qui peu à peu se couvre, et finalement il tombe quelques gouttes éparses.
Pas de vent aujourd’hui, seule une petite brise cette nuit.
Rêve de voyage.
Journée de bonheur.

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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:15

Samedi 21 janvier

Départ ce matin, pas très tôt, après un bol de thé (Lipton jaune) et un nettoyage de la malle à nourriture, où se sont allégrement mélangés hier, sel, sucre en poudre et café soluble.
Tout de suite, pour franchir la petite chaîne de collines, la piste devient plus dure, plus cassante, avec de nombreux bancs de sable, il nous faudra sortir une fois les tôles de désensablement pour nous extraire d’un piège où je me suis laissé surprendre, heureusement qu’un bouvier est venu prêter main forte. Souvent, le terrain nous contraint à rouler sur une piste empierrée, à très petite allure, et là tout se met à vibrer, sauter, tressauter






Traversée de quelques petits villages, au milieu de baobabs.
Le paysage de collines est magnifique





Au cours d’un arrêt, un homme arrive vers nous et après les salutations d’usage, nous informe qu’il est en panne avec sa mobylette. En fait il a crevé de l’arrière. Les outils sortis, la réparation effectuée, nous nous séparons après de multiples remerciements.

C’est à chaque fois pareil, au moment d’atteindre le goudron, des sentiments multiples m’assaillent. C’est à la fois un soulagement, car la voiture a tenu, une tension de tous les instants qui retombe, car il faut veiller en permanence où poser ses roues, éviter les ornières et les épineux. c’est enfin un moment de tristesse, car la magie de la piste, le parfum d’aventure, la solitude et le fait de ne compter que sur soi, tout ça est fini……..jusqu’à la prochaine.

Nous avons rejoint la route de Bafoulabé à Kayes pas du tout à l’endroit prévu, mais bien plus bas. Erreur de piste ? Probablement.
Arrivée à Kayes, situé de l’autre coté du fleuve Sénégal, juste au débouché d’un antique pont métallique. Visite du marché, il fait très chaud, plus de trente degrés, il parait qu’en ce moment il neige en France. Les rues sont sales et les gens moins enclins à se laisser photographier qu’à Nioro. Pourtant, ces marchés et l’ambiance qui y règne m’enchantent toujours. Nous déjeunons d’un peu de riz et d’un poisson.










Si nous voulons arriver à une heure décente, il est temps de repartir, il reste quatre vingt kilomètres, et nous avons rendez-vous à Kersignane, avec Tokhomta Diallo. Surtout que le jour de notre venue n’a pas été précisé quand nous avons pris rendez-vous à Vaujours, trop d’aléas entrant en ligne de compte.

Notre arrivée ne passe pas inaperçue ! L’accueil est chaleureux, malheureusement Tokhomta n’est pas là ayant du reporter son voyage pour un problème de santé. Tout de suite une douche avec une eau tiède nous est proposée par Goundo. Entre temps Tokhomta a été prévenu de notre arrivée, il fait envoyer chercher quelques uns de ses amis parlant français. Un bouc m’est offert, avec le droit de vie et de mort sur lui, je choisis la mort: Nous le mangerons ce soir. Séance de photos visionnées le soir même sur l’ordinateur portable. Grand succès.




Nombreux appels téléphoniques en provenance de France, dont un de Tokhomta Coulibaly, qui apprenant notre visite, insiste pour que nous nous rendions chez lui demain.

La « cour » autour de laquelle vit la famille Diallo est composée de part et d’autre par un corps de bâtiment, chacun composé de deux appartements qui abritent Tokhomta et ses trois frères. Au fond est la pièce qui sert de cuisine commune, avec le foyer. Ces constructions sont en béton. A l’entrée, une maison plus modeste en banco dans laquelle réside une famille apparentée. Toutes ces constructions ont une toiture en tôle. Au centre, le puit et quelques arbres qui fournissent l’ombre. Au pied de l’arbre est un canari couvert, où chacun peut puiser à l’aide d’un petit récipient l’eau fraîche. Le canari est une grosse poterie légèrement poreuse, l’évaporation assurant la fraîcheur du contenu. Prés du bâtiment « cuisine », sous un arbre, sont attachés à un piquet une vache, une chèvre, un mouton. Des poules cherchent leur pitance dans la cour.




Dimanche 22 janvier

Levé tôt, petit déjeuné avec du pain tout chaud, droit sorti du four commun. A quelle heure se sont-elles mises au travail? Comme presque personne ne parle français, nous essayons de nous comprendre avec les enfants. Avec quelques amis de Tokhomta, qui arrivent, nous voilà obligés de manger, il est neuf heures et nous devons avaler un plat de mouton. Le temps de digérer un peu et vers onze heures nous ne pouvons refuser le mouton, cette fois-ci accompagné d’oignons et d’une salade de tomates. Midi, je n’en crois pas mes yeux, le mouton est de retour, impossible d’y échapper sans vexer. Les repas sont pris assis sur un tapis, à l’intérieur ou dehors, autour d’une bassine contenant les aliments, un broc et un savon circulent, pour se laver les mains. Il n’y a ni cuiller, ni fourchette, seul les doigts sont là pour saisir la viande ou le riz, au début, pour moi, ce n’est pas simple, mais l’habitude arrive vite.
Les femmes préparent le repas ensemble et cuisinent sur un feu de bois, l’eau étant tirée au puit situé juste à coté. Toutes les familles réunies autour de la cour mangeront la même chose. Comme les enfants sont nombreux, ils déjeunent par classe d’âge, les hommes de leur coté et les femmes après.










Visite d’ Abdoulai et Smaila Kébé.
Aujourd’hui l’air est doux. Le temps s’écoule lentement et j’en profite, assis à l’ombre pour discuter, pendant que Jérôme amuse les mômes avec un numéro de jonglerie.

Le temps a beau passer lentement, il arrive un moment ou il faut partir, aucun de nous n’en a envie. Voilà seulement vingt quatre heures que je suis ici, et je me sens chez moi. Seulement Abdoulai nous presse, nous sommes attendu chez les Coulibaly, c’est le cœur lourd que nous prenons congé.

Smaila sur sa mobylette nous montre le chemin pour rejoindre Dakofri Diabougou, le village où résident nos prochains hôtes. Quelques minutes plus tard, (les deux villages n’étant séparés que de cinq km), Baba Coulibaly nous accueille chaleureusement.
Dès notre arrivée, un nouveau bouc est offert et immédiatement immolé au nom de l’hospitalité.




Présentation aux frères, femmes, cousins, parents, voisins, enfants de Tokhomta chez qui nous nous installons pour deux jours, une de ses femmes nous laissant sa chambre.
Pour l’instant une table et des chaises sont sorties à l’ombre
Quinze heures, il est temps de manger le mouton




Séance photos pour que Tokhomta puisse voir sa famille à notre retour.
Assa nous rejoint bientôt, elle est la seule femme de la concession à parler un excellent français appris à l’école. Elle possède une joie de vivre, un enthousiasme et une autorité certaine.
Baba et Assa seront pratiquement constamment avec nous, serviront d’interprète, et prendront leurs repas avec nous.




Le nord de Kayes est habité par le peuple Sarakolé, c’est un peuple de migrants car la région est une des plus pauvres d’Afrique, ainsi qu’une des deux plus chaudes du continent. Ce n’est donc pas étonnant que sur les cent mille Maliens vivant en France, on compte quatre vingt mille Sarakolé. Les Diallo et les Coulibaly sont donc des Sarakolés et leur langue le Soninké, qu’Assa entreprend aussitôt de nous inculquer.

En voici quelques mots importants à connaître : (orthographe non garantie)
Amoudjoum = bonjour Nouari = merci Nouari sili = merci beaucoup
Toromaoui = ça va ? Yobo = oui Aï = non
Naoudi djamouni = bonne nuit Canela = bonsoir (avant couché du soleil) Kassounka (après)

Et le plus important, celui que l’on entendra le plus :
Igué = on va manger Lonigué = viens manger Aîga = manges !

Vingt heures : Lonigué, voilà un plat de couscous (semoule) avec du mouton. Aîga Bernard Aîga

Dans la soirée nous apprenons que la co-épouse d’Assa souffre beaucoup depuis plusieurs jours, son doigt est extrêmement enflé suite à une coupure mal soignée, elle ne dort plus, reste couchée et pleure constamment, de plus elle allaite un tout petit enfant. Pessimisme, car la gangrène n’est pas loin. Renseignement pris par téléphone, l’antibiotique que Jérôme possède correspond aux symptômes décrits. Peut-être guérira-t-elle ?

Lundi 23 janvier

Sorti du lit par un café noir servi par Kaidja et Aîcé, les deux femmes de Tokhomta, avec du pain tout chaud sorti du four.





Petit déjeuner, douche, visite chez les anciens du village, « amoudjoum » « toromaoui » serrement de mains, repos sous l’arbre, leçon de Soninké.
La vie va comme elle peut, mais elle va bien.
Assa nous emmène chez le voisin qui souhaite être photographié avec sa famille et ses animaux.








Ici les gens sont, me semble-t-il, moins spontanés, ont plus de retenue que chez Diallo, mais sont tout aussi sympathiques, au fil des heures la communication passe bien. A mesure que nous faisons connaissance, des liens se tissent.

Soirée inoubliable sous les étoiles, passée à papoter, pas d’électricité, pas de télévision, seul un petit poste de radio à piles pour que nous puissions écouter RFI










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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:16

Mardi 24 janvier

Encore une fois je me lève de bonne heure, tiré du lit par l'odeur du café et du pain chaud, alors que Jérôme dort encore (c'est pire que d'aller au boulot, mais tellement plus agréable !)
Je fais de nouveau le tour de la concession pour les salutations matinales, puis m'installe sur un lit de bois pour lire un peu et écrire les notes de la veille, enfin je prends une douche.
La maison de béton est constituée d’un couloir aéré, peint d'un bleu soutenu sur lequel ouvrent trois chambres, une au centre pour le maître de maison, actuellement inoccupée, une de chaque côté pour chaque co-épouse et leurs enfants. A l'arrière deux cours privées entourées de murs, munies d'un étendage, d'un trou sur une fosse qui sert à la fois de toilettes et de douche, d'un fût d’eau et dans lequel, à l'aide d'un seau, je puise avec parcimonie pour mes ablutions.


Je place là une anecdote concernant la bigamie. Ici un homme qui offre un vêtement ou un bijou à son épouse doit offrir le même à la co-épouse, sous peine de scène de jalousie et j’ai remarqué, au cours du séjour que lorsqu’une femme porte un boubou le matin, l’autre co-épouse, quand elle s’en aperçoit, va changer de tenue pour porter la même. En revanche, lorsque le boubou est acheté sur les deniers d’une femme, l’autre peut en acheter un différent.


Encore une fois il faut partir. Embrassades, promesse de revenir un jour, Inch Allah. Tous nous accompagnent jusqu'à la porte de la concession, beaucoup de femmes pleurent. Emotion. Je ne me retourne pas, c'est trop dur, partir d'ici où on laisse un peu de son âme, sachant pertinemment que l'on ne reviendra peut-être jamais.
Baba, sur sa petite moto, nous ouvre le chemin jusqu'au goudron. Lui aussi pleure en m'étreignant. Séparation.

La route jusqu'à Kayes paraît interminable et ni l'un ni l'autre ne desserrons les dents,

Passage à la banque pour retirer de l'argent avec ma nouvelle carte Gold récupérée à Nouakchott, mais après plus d'une heure de négociation, je ne peux avoir que soixante quinze euros, défalqué de quatre mille CFA de frais divers, pas de quoi aller loin.
Nous nous offrons néanmoins un bon repas au restaurant, composé de steak frites, cela change du mouton bouilli. Petit tour de marché, avant de
partir en direction de Bamako.




Arrivé de nuit à Diéma, important noeud routier avec contrôle de police.
Qui dit contrôle de police, dit arrêt des voyageurs en tous genre, ce qui entraîne l'implantation de petits commerces et notamment de nombreux « maquis », ces petites échoppes qui servent à boire et à manger du mouton cuit sur un brasero. De nuit l'ambiance particulière avec l'éclairage de quelques lampes tempête. C’est là que nous mangerons ce soir.


Nous finissons par trouver une chambre, ou plutôt une suite de deux pièces avec matelas à même le sol, le tout n'a pas du recevoir un coup de balai depuis des lustres. Les toilettes sont immondes, avec pas mal de cafards. Ne nous plaignons pas, que pourrions nous avoir de mieux, une chambre par personne pour trois mille CFA !

Mercredi 25 janvier,

Avant Bamako et dès le départ, cent soixante dix kilomètres d’une piste de forte tôle ondulée obligent soit à rouler à petite allure, soit à sortir sur les côtés, où de véritables pistes parallèles se sont crées, qui elles-mêmes se transforment en tôle à force d'être fréquentées par les camions, ce qui engendre d'autres pistes, lors dès qu'un obstacle se présente, toutes ces routes auxiliaires convergent vers la principale, avant d'éclater de nouveau. C’est à ce moment que nous rattrapons un viticulteur du sud est, en Traction avant, descendu par la Mauritanie et voulant remonter par l'Algérie,


Dans Bamako, nous cherchons longtemps une chambre, sans parvenir à en trouver et rendons visite, près du rond point de l'Afrique, à un mécanicien « spécialiste 2CV », dénommé N'Fah Dembélé, conseillé par Lydie. Petite séance de mécanique, où le régulateur est changé.


Nous finissons par trouver un hôtel, hors de prix pour notre budget: trente mille CFA. J'ai été malade toute la journée, aussi, je préfère rester couché, pendant que Jérôme sort essayer de trouver un distributeur de billets. Il me rapporte d'excellents yaourts.

Jeudi 26 janvier.

Retour chez le spécialiste 2CV pour la réparation de nos trois roues de secours, deux ont été abîmées dans des nids de poules abordés trop vite, l’autre sur la tôle ondulée il faut détordre les jantes et mettre des chambres à air, il n’est plus question de rouler avec des tubless. Vidange et changement du filtre à air. Réglage du frein à main et réparation de l’allume cigare pour le chargeur de batterie.




N'Fah a appelé un de ses clients dont il « soigne » la 2CV. Mathieu Traoré, vient nous chercher et nous emmène dans les bureaux du PNUD, où il travaille, pour que l’on admire sa 2CV rouge plaisir, il fait le tour de la nôtre et prend note des modifications apportées, pour que son garagiste en fasse autant sur la sienne. Il nous invite à manger et dormir chez lui, nous acceptons volontiers, vu sa gentillesse et…… le prix des hôtels,


Visite de Bamako en voiture, puis à pied. L’air est irrespirable dans la capitale Malienne du fait de la pollution due aux émanations d’huile imbrûlée dégagée par les innombrables mobylettes qui circulent. Une véritable chape bleutée flotte en permanence.
L’après midi est mise à profit pour visiter le marché central qui s’étend sur tout un quartier. Il ressemble à tous les marchés d’Afrique de l’ouest que je connais très colorés, beaucoup d’odeurs, de monde, d’articles de toute sortes, sales, vivants….








Le soir nous dînons sous la véranda, en compagnie de Mathieu, dans sa somptueuse villa des environs de Bamako, alors que sa femme et ses enfants mangent à l’intérieur.
Une douche chaude, un bon repas, un lit relativement confortable, un garage pour la voiture, que rêver de mieux ?
Toujours ce mal de ventre qui dure depuis deux jours. Le mouton m’en voudrait-il à ce point

Vendredi 27 janvier

Les adieux faits, de nouveau la route, tout de suite le paysage change, il y a plus d’arbres, qui peu à peu se transforment en forêt clairsemée, de loin en loin des feux de brousse, volontairement allumés pour désherber. Le type de village change aussi, beaucoup de cases rondes, reliées entre elles par des murs de banco pour former une concession.


Toujours ce mal de ventre.

Deux cents kilomètres après Bamako:" tiens il n'y a plus de freins" "Freines et gares toi là" Purge du système de freins dans un village sous le regard hilare d’au moins cinquante enfants curieux, les adultes observant de loin, heureusement la voiture est à l’ombre de grands arbres car la chaleur est chaque jour plus forte. Nous nous mettons en quête de nourriture, il faut faire plusieurs échoppes pour trouver un plat de riz accompagné par du Coca.

Le paysage devient plus beau en se rapprochant de Sikasso.


Sikasso se profile à l’horizon, nous touchons au but quand soudain, à la faveur d’une petite bosse, la voiture s’avachit sur sa roue arrière gauche. Alors que l’avant droit se soulève, l’arrière frotte sur la route. Inspection faite, il s’avère que la chape dans laquelle est fixée le couteau de tirant de suspension, vient de casser. A allure très réduite, nous tentons de gagner la ville, moins de deux km plus loin, un petit atelier de serrurerie. Des étincelles de soudure à l’arc attirent mon attention .Arrêt.


« Y a t il un bon soudeur ? » A ma question, éclat de rire général. Oui apparemment, de toute façon nous n’avons pas le choix. Comme ils n’ont pas de clés, nous sortons les nôtres, et entamons le démontage, en vue de souder la chape




Le couteau, cette pièce d’usure trempée, étant détruite, il est remplacé par un boulon, dont l’écrou reçoit un point de soudure pour qu’il ne se desserre pas.

C’est avec inquiétude que nous repartons vers l’est, en direction du Burkina Faso. Cette réparation tiendra-t-elle ? Si oui combien de temps ? Comment faut-t-il orienter la suite du voyage ? La tension est palpable, nous écoutons le moindre bruit suspect, asseyant d’anticiper la prochaine rupture, vérifiant la soudure à chaque arrêt.
Pour l’instant, pour atteindre les chutes de Farako, la première piste depuis la casse, accueille nos roues, ça tient, ça rassure.
Ces chutes sont de peu d’amplitude, mais pour la première fois depuis le Maroc (Hormis le Sénégal) nous voyons de l’eau courante pérenne, qui saute de dalles en dalles pour s’affranchir d’un dénivelé d’environ quatre mètres.


Bain de pied revigorant et une heure plus tard, la frontière Burkinabé est franchie à Koloko. Les autorités sont bon enfant, pour peu qu’on les aborde avec le sourire et que l’on trouve l’angle pour plaisanter. Suite au renouvellement de mon passeport, je suis obligé de prendre un visa temporaire pour huit jours, contre sept mille cinq cent CFA de taxes.

Il commence à se faire tard et nous rallions Orodara à la nuit noire. J’ai toujours la même impression en arrivant de nuit dans une ville (Nioro, Diéma, Orodara), très peu d’éclairage urbain, quelques lampes tempêtes, quelques ampoules, les gens que je distingue à peine dans l’obscurité, des étals où l’on sert à manger pour trois fois rien (pour nous), braseros où cuisent des morceaux de mouton, des mendiants de l’école coranique avec leur gamelle, quêtant un peu de nourriture, la chaleur de la journée qui tombe.

Un hôtel à la sortie de la cité abritera notre nuit, un plat de bolognaise remplira notre estomac, une Flag, bière brassée dans la région, étanchera notre soif, un film, le premier depuis le départ et dont je n’ai aucun souvenir, vu sur RTL9, permettra d’attendre l’heure de dormir.

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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:17

Samedi 28 janvier

Je me réveille de bonne heure, tracassé par la casse d’hier, et vais à la voiture pour répartir différemment les charges, de façon à alléger la roue arrière, soulagé, je m’en retourne prendre le petit déjeuner, écoutant RFI, en attendant le réveil de Jérôme.
Nous voici en route pour Bobo Dioulasso, par une belle route vallonnée sur laquelle en sens inverse et sur des kilomètres, de nombreuses femmes viennent en ville avec une charge sur la tête et souvent un enfant accroché dans le dos. Elles marchent par groupes en bavardant.

Tour de ville en 2CV, je suis venu ici il y à vingt huit ans, et je ne reconnais que la gare, rien d’autre. Un policier nous arrête et demande nos papiers, il manque l’assurance que faute de temps nous n’avons pas encore, je lui présente celle du Mali dont la date court jusqu’à demain et nous nous dépêchons d’aller en souscrire une auprès des AGF, pour trente mille CFA, elle couvre trois mois et plusieurs pays d’Afrique de l’est.


Visite du marché couvert, où nous sommes constamment sollicités pour acheter divers souvenirs, je n’acquiers rien au contraire de mon coéquipier qui achète et troque beaucoup.
En centre ville, au restaurant d’un grand hôtel, nous dégustons un plat de spaghettis bolognaise, au bord de la piscine. Nababs.


Le projet est de repartir tout de suite, pour gagner le Bénin. Arrêt à la sortie de la ville, pour faire le plein du jerrycan d’eau en vue du bivouac de ce soir et consommer une Flag fraîche. Moussa nous aborde, une bière lui est offerte, nous parlons de divers sujets. La chose est importante, nous sommes, si vous vous en souvenez, cher lecteur, Samedi et notre nouvel ami parle des soirées du week-end à Bobo. Pourquoi ne pas en profiter puisque aussi bien le temps ne nous est pas encore compté. D’autant plus que Moussa aurait un ami possédant une villa pour nous loger.
Et bien c’est dit, nous restons.

Un coup de téléphone portable, ici il est omniprésent, et Moussa sur sa moto nous accompagne en banlieue dans un « bar » plus ou moins clandestin, où la bière de mil coule à flots. Trois joueurs de balafon et de djembé mènent une cadence endiablée, danseurs et danseuses un rythme effréné, proche de la transe. J’observe assis sur un banc, au premier rang serré entre deux bobolais. Une calebasse de dolo circule, je ne peux refuser, la boisson est tiède et se laisse boire facilement. De temps à autre un spectateur s’approche d’un musicien, esquisse quelques pas de danse devant lui et colle un billet de banque sur la sueur de son front.
Dans un coin de la cour s’effectue la préparation du dolo, aussi appelé bière de mil, travail accompli par les femmes, et dont je livre ici la recette, ainsi qu’une photo prise ailleurs au Burkina.


Dolo ou bière de mil
Tremper du mil rouge ou du mil blanc dans assez d'eau pour qu'il gonfle bien. Ensuite l'étaler sur le sol recouvert de paille sèche ou de plastique pendant 3 jours pour le laisser germer en l'humidifiant deux fois par jour. Le faire sécher au soleil pendant 3 jours avant de le moudre.
Dans un canari (de 1quinze à vingt litres), on verse la poudre ainsi obtenue et on ajoute de l'eau. On fait alors bouillir pendant six à huit heures, la plupart du temps sur le foyer de trois pierres traditionnel.
Faire reposer et laisser tomber le moût au fond du canari. Recueillir le premier jus, le plus concentré appelé tossé chez les Mossis, le verser dans un autre canari. Ajouter la levure de bière recueillie de la préparation de dolo précédente. Laisser fermenter et tiédir pendant une nuit en prenant soin de couvrir le canari d'une calebasse.
Servi tôt le matin, le dolo est doux. Mais plus la journée avance, plus le soleil est haut, plus le dolo fermente et plus il est fort. Certaines dolotières ajoutent des racines pour renforcer le goût.
Source: Revue Noire "Africain Cuisine"

Zézé nous rejoint, c’est l’ami de Moussa. Tout de suite nous nous entendons et partons nous installer chez lui pour le week-end.

La nuit tombe vers 18 heures 30. Dans le quartier excentré de Sarafalao pas d’éclairage public, l’eau courante uniquement à certaines heures, pas de goudron, les routes défoncées après la saison des pluies et le passage des voitures restent en l’état, quelques petites boutiques, un marché le matin, des maison plus ou moins riches, entourées de hauts murs, avec des portes en fer et verrous, c’est tout.

Zézé m’emmène sur sa moto jusqu’à un petit maquis installé le soir à une intersection de rues, seules les flammes du foyer et une lampe tempête éclairent la scène, j’achète du pain et mon compagnon choisit des morceaux de moutons, le tout est plié dans du papier kraft, avec en prime du piment en poudre plutôt doux, dans lequel la viande est plus ou moins roulée suivant les goûts. Nous mangeons le tout accompagné d’un plat de spaghettis. Je m’apprête à faire un brin de vaisselle quand notre hôte me dit « laisse ma copine viendra la faire demain »

Nous sortons faire un tour de Bobo. En fait c’est plutôt une tournée des bars où nos compagnons connaissent beaucoup de monde, et où la consommation de Flag, Guinness, Castel, So B Bra, va bon train. Il faut dire que la plus chère de ces bières coûte aux environ de six cent cinquante CFA.
Enfin nous garons la voiture près du marché, devant l’Entente. Avant d’entrer, j’observe que les jeunes qui se rendent dans cette boîte, laissent leur mobylette avec la clé à un gardien qui les range à l’intérieur d’un quadrilatère formé par des cordes, il en est responsable, moyennant une rétribution de cent CFA. Là encore, tout le monde semble se connaître, et bientôt nous rejoindront Kadi, Samy, Léontine, Fatim avec qui nous sympathisons.
L’Entente est la journée un hôtel restaurant et le soir il se transforme en boîte de nuit. Sous les arbres, un kiosque permet de danser, autour, des tables et chaises, au fond un bar en planches où l’on sert exclusivement de la bière, du coca et du fanta, à l’opposé une petite baraque abrite un DJ avec platine CD et enceintes. Circulent entre les tables deux ou trois serveuses (se méfier sur le rendu de la monnaie), Arriver tôt pour avoir une place et s’accrocher à son verre, car il n’y en aura pas d’autre !
Devant l’Entente et à coté du garage à deux roues, un maquis. Lorsqu’on a un petit creux, entre deux danses, on peut venir s’y restaurer pour cinq cent CFA.
Quatre heures, il est temps de rentrer se coucher, tout le monde sauf Fatim décide de finir la nuit chez Zézé, et comme il n’y a pas assez de place dans la 2CV, je rentre assis sur le porte bagage de Léontine. Elle prend grand soin de sa mobylette, payée cinq cent mille CFA, qui représente sa fortune. Ce soir son deux roues et celui de notre hôte seront rentrés dans la pièce principale, avant de fermer la porte à clé.


Dimanche 29 janvier

Levé tard, sieste le matin, sieste l’après midi !
Aujourd’hui Moussa et Samy nous conduisent à la mare aux poissons sacrés, en route les ingrédients nécessaires à savoir, bière de mil et poulet vivant, avec plumes blanches et noires, sont achetés. Pour accéder à cette mare, il faut d’abord emprunter un chemin de terre accidenté, surtout qu’à quatre, nous sommes chargés. Au terme de ces quinze kilomètres, une sorte de parking accolé à une masure, où nous devons payer un droit en offrant la bière de mil, ensuite à pieds, descente de la falaise pour accéder au lieu de culte.








Deux personnes sont là à accomplir leur sacrifice animiste.
Les deniers mètres sont parcourus pieds nus sur un sol couvert de plumes blanches et noires, une autre couleur notamment le rouge n’étant pas propice au culte. Le poulet est tenu par les pattes, tête en bas, pour invoquer je ne sais qui, et demander des faveurs. Son cou est tranché au dessus de l’autel (une grosse pierre pleine de plumes collés par le sang), et aussitôt posé à terre. Si il court en direction de la mare, c’est bon signe. Le notre y va d’une traite, il est bloqué juste avant de tomber à l’eau. Plumé. Vidé. Les viscères jetées aux poissons chats monstrueux. La cérémonie terminée, ce pauvre poulet est passé au feu de bois pour finir d’en retirer les plumes, ce soir il fera parti du repas.






Ce soir retour à l’Entente, où nous avons rendez vous avec les mêmes qu’hier soir.
Après avoir raconté notre journée à Léontine qui porte une croix catholique au cou, elle m’avoue qu’elle aussi parfois fait un sacrifice, à cette mare, bien que cela soit cher pour son budget.
Catholique et animiste, j’ai aussi appris vu que Moussa est musulman et animiste.

Lundi 30 janvier

Ce matin Jérôme est parti avec Kadi et la voiture faire un tour. Léontine passe me chercher avec sa mobylette, pour aller en ville, nous nous promenons, et déjeunons ce midi dans un cadre très agréable.


Ce soir, nous avons encore une fois rendez vous à l’Entente, avant de nous rendre au Tarkey, autre boîte de nuit.

Extrait du carnet de bord:
La nuit est vivante. Un charme indéfinissable, mais j'aime me balader le long des rues, très mal éclairées, où les braseros des marchands de viande, grillée sur le trottoir, donnent un éclairage incertain, dont l'odeur de la fumée, se mêle à celles des innombrables mobylettes et de la viande grillée.
De nombreux jeunes fréquentent les boîtes de nuit (en plein air: entrée gratuite, consommation: bière Flag de 66 cl à 650 CFA soit 1€) Là encore il fait bon traîner.
Avertissement: - Pour les mâles, les filles sont très très belles.
- Pour vous mesdames, les garçons sont de véritables apollons.
- Pour tous, Il semble que l'Afrique entière veuille se métisser.
La plupart des garçons souhaitent épouser une blanche, de très nombreuses filles espèrent le jackpot.


Dans la journée, j’ai essayé de nouveau de retirer de l’argent, mais en vain, cette nouvelle carte ne me sert à rien, je ne peux que régler certaines dépenses dans des hôtels de luxe, où je ne mettrai jamais les pieds. Jérôme pour sa part n’a pas pu non plus (délais entre deux retraits). La situation n’est pas critique, mais pour l’instant, il ne nous reste presque plus de liquide. Le soir j’appelle le centre Visa qui en fait se trouve aux USA, promesse d’un virement de neuf cents € par la Western Union, à mon nom, dans une banque de Bobo. Affaire à suivre.

Mardi 31 janvier.

Nous devions reprendre la route aujourd’hui, mais ce matin Jérôme m’annonce qu’il souhaite se marier avec Kadi, et me demande si ça me gène de rester quelques jours de plus le temps de voir comment faire pour les formalités. J’accepte volontiers de prolonger le séjour, d’autant plus que l’ambiance de Bobo me plait. Cela compromet seulement notre passage au Bénin, ce sont les aléas du voyage.

Kadi est une jeune Peule originaire du nord de la Côte d’Ivoire, mariée contre son gré en tant que troisième ou quatrième épouse, elle s’est enfuie de chez son mari septuagénaire avec sa fille de trois ans. Actuellement elles vivent chez sa mère dans la banlieue de Bobo.


Je suis de nouveau passé à la banque, et n’ai pus retirer l’argent qui est arrivé, faute de disposer d’un numéro de code secret. Dans la soirée je téléphone aux USA et finit par obtenir le sésame. A suivre.
Le nerf de la guerre commence à manquer sérieusement, ce qui ne nous empêche nullement de faire un tour à l’Entente. Nous avons pris le gardien de voiture en sympathie et nous lui donnons chaque jour entre deux cent et cinq cent CFA



Mercredi 1 février.

Retour ce matin à la banque où cette fois je peux retirer 607 000 CFA
Je passe la journée en ville, pendant que mon compagnon poursuit ses démarches.

Visite accompagnée de la ville :








Jeudi 2 février

Aujourd’hui, Jérôme, souhaite prendre du recul par rapport à son mariage. Il veut terminer le voyage et revenir dans quelques mois, nous programmons donc un départ pour samedi

Depuis quelques jours nous avons un nouvel ami Issa, un jeune de vingt deux ans, plutôt timide. Il est aux petits soins pour nous. Issa est jardinier et entretient des jardins pour de riches propriétaires, de plus il possède une pépinière.


Vendredi 3 février

Pour mon dernier jour à Bobo, Léontine m’emmène à la Guinguette. Situé à une trentaine de kilomètres, sous un couvert végétal dense de forêt-galerie primaire, la rivière Kou y prend sa source. C’est un endroit de baignade très prisé, surtout le week-end, car l’eau y est fraîche et claire. On y accède par une piste magnifique de latérite rouge. En chemin nous avons pris une femme qui rentrait du marché, quinze kilomètres pour vendre une bassine de charbon de bois !
Au retour prenant un autre chemin, je suis arrêté par la rivière, le courant est fort et la chaussée faite de dalles présente de nombreux trous. N’écoutant que mon courage, je fais demi-tour, ne voulant pas risquer la perte de ma fidèle voiture.

Ce soir et pour la dernière fois, soirée à l’Entente.


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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:19

Samedi 4 février

C’est fait, nous avons fait nos adieux, le cœur lourd, nous prenons la route de Ouagadougou.
Jérôme me propose, pour fêter le fait de nous retrouver seuls pour la première fois depuis une semaine, de boire une bière avant de quitter Bobo. A la sortie de la ville, dans le même bistrot que la semaine précédente, là où nous avons rencontré Moussa, nous dégustons une Flag fraîche. Arrive Ousmane qui engage la conversation, il se présente comme guide, et finit par nous convaincre de rester chez lui jusqu’à lundi.

En sa compagnie, nous partons visiter le village de Koro. , à quatorze kilomètres de Bobo-Dioulasso. Le village, construit sur une colline de rochers, fusionne complètement avec eux. Habité par des Bobos-Fings traditionalistes et animistes











L'animisme est une croyance ou religion selon laquelle la nature est régie par des âmes ou esprits, analogues à la volonté humaine : les pierres, le vent, les animaux. Il se rencontre surtout chez les sociétés traditionnelles comme en Afrique, en Amérique du Sud ou en Océanie, mais aussi chez les enfants




De retour, nous sommes allés chercher Kadi, et tous les quatre, avons mangé dans un maquis puis avons fini la soirée aux « Bambous » autre haut lieu des nuits Bobolaises. Il y a des concerts quasiment tous les soirs (musique traditionnelle et musique moderne). Par contre, ce n'est pas le coin idéal pour danser.

Les maquis sont de petits restaurants, où l’on mange de la viande de mouton grillée, ou du poulet bicyclette, et boire des sobebra et des flags (ou des brakina, je ne suis pas sectaire). A la rigueur, on peut se rabattre sur les sucreries style fanta si on est un peu malade ou un peu musulman. Et si on n’est vraiment pas bien, il reste la Lafi. (Eau de source en bouteille). Quand au poulet bicyclette, il s’agit d’une volaille presque sauvage qui lorsqu’elle court dans les rues, fait penser à un coureur cycliste. Sa chair, ferme, succulente est presque impossible à manger sans y mettre les doigts
Au Mali, le maquis est aussi un bar de nuit où les hommes viennent boire et rencontrer des femmes à l’abri des regards indiscrets. Ces femmes sont appelées « Maquisardes »




Dimanche 5 février

Ousmane habite avec un colocataire… un petit appartement en béton composé de trois pièces, donnant sur une cour d’une largeur de trois mètres, bordée de chaque côté par cinq logements semblables. A l’entrée de la cour sur la droite une arrivée d’eau munie d’un cadenas et d’un long tuyau de plastique destiné à alimenter les fûts de deux cents litres pour la consommation quotidienne, l’eau n’étant distribuée qu’à certaines heures suivant les quartiers. Sur .la gauche deux toilettes et une douche communes (ne pas oublier de venir avec son seau d’eau !). Une porte de fer isole l’ensemble de la rue de terre battue, bordée d’arbres, sous lesquels femmes et enfants prennent le frais, la chaleur rendant l’air irrespirable dans les appartements

Nous partons visiter en compagnie de Kadi et de sa fille le marché de Bama, situé à une vingtaine de kilomètres. En chemin Jérôme se fait arrêter par des policiers, qui lui infligent une amende de cinq mille CFA, pour le non respect supposé d’un stop. Plus loin nous déjeunons d’un plat de riz avec poulet, sous de grand manguier pour mille deux cent cinquante CFA la part, dans un endroit que fréquentent les gens aisés de Bobo.
Le marché est en dehors de la cité, en plein air et sans ombre alors qu’il règne en ce début d’après midi une forte chaleur nous obligeant à écourter la visite.






Lundi 6 février

Bobo-Dioulasso est une ville calme et vivante à la fois, très africaine, avec de larges avenues agréables, bordées de manguiers et de kapokiers ; édifiée de part et d’autre de la rivière Houet qui donne son nom à la province. La musique y est omniprésente, d’ailleurs on y fabrique de beaux instruments de musique, c'est la capitale du balafon.
Deuxième ville du Burkina, avec plus de quatre cent mille habitants. Son nom lui a été donné par le colonisateur français en accolant le nom des deux ethnies Bobo et Dioula, So voulant dire maison.

Ce matin dès l’ouverture du bureau de police, je fais prolonger mon visa qui arrive à expiration. Pour dix mille CFA je peux rester un mois de plus.
Ousmane qui à des problèmes pour se faire payer ses derniers salaires, se rend en ma compagnie au bureau des prud’hommes et je l’aide à rédiger une requête.

La vieille mosquée est un vaste bâtiment de banco, d’inspiration soudanaise, érigée en 1880. Des minarets en forme de cônes dépassent des armatures décoratives en bois, qui servent également d’échafaudage, permettant l’entretien annuel de l’édifice après la saison des pluies




Dans le quartier de Koko je vais observer les bronziers. Tous s’appellent Traoré et se transmettent leur savoir faire de père en fils. Ces forgerons Dioula utilisent la technique de la cire perdue. Ils vendent leur production dans de petites pièces attenantes à leur atelier

Fonte à la cire perdue
Technique utilisée dans la métallurgie du bronze et dans l'orfèvrerie. Elle consiste à créer un modèle en cire auquel on fixera un réseau de canaux en cire également permettant son écoulement puis le coulage du bronze. Le tout est enfermé dans un moule en matériau réfractaire que l'on fera chauffer pour écouler la cire puis pour verser le métal en fusion. On obtiendra alors un modèle en bronze semblable au modèle originel en cire qu'il faudra retravailler.
Source : Musée du Louvre









Ce soir, sortie à l’Entente. Je rencontre Fatim jeune malienne en visite dans sa famille et amie de Kadi. Nous bavardons longuement autant que la musique le permet vu le volume sonore. En fin de soirée, nous la raccompagnons chez elle.

Finalement nous ne sommes pas partis aujourd’hui comme prévu.

Mardi 7 février

Ce matin Ousmane propose d’aller à Banfora voir les cascades. Pourquoi pas?
La route est belle, mais elle est à péage comme beaucoup de chaussées goudronnées au Burkina. L’octroi se paie au départ, aussi nous indiquons au guichetier une ville située avant notre véritable destination pour économiser quelques CFA.
A l’approche de Banfora, où tous les trois nous déjeunons, le paysage devient plus vallonné et une petite chaîne de montagnes se profile à l’horizon. Pour rejoindre les cascades, nous errons longuement à travers les champs de canne à sucre. Une majestueuse allée de manguiers prélude à une petite ascension d’une vingtaine de minutes parmi les rochers avant de passer l’après midi dans les vasques où l’eau court et saute de dalle en dalle.






Ce soir nous logeons dans un campement près du village de Tengrela à proximité du lac du même nom. Nous rencontrons Laurence, Patrice et leurs enfants Fleur et Théo qui voyagent sac au dos. Ensemble nous veillons tard.

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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:20

Mercredi 8 Février

De bon matin, visite en barque aux hippopotames du lac.






De retour, la matinée se termine à l’ombre à écouter Yorg nous parler de sa passion pour l’ornithologie. Yorg est allemand, marié à une française, ils habitent dans le Diois et travaillent pour la CRIRAD. Sa femme détestant l’Afrique, il a par contrat de mariage, le droit de s’absenter quinze jours tous les deux ans pour revenir se plonger dans l’ambiance africaine, qu’il a connu lors d’une année passée en coopération.
Patrice Yorg et Jérôme, en mobylettes, louées au campement, se rendent à Banfora à une dizaine de kilomètres de là, pour déjeuner pendant que j’emmène Laurence, et les enfants.

L’après midi voit notre retour aux cascades pour un bain rafraîchissant. En chemin un des bolides tombe régulièrement en panne, heureusement dans le coffre bien rangés se trouvent tous les outils pour mener à bien les réparations.
Retour à la nuit tombée. En chemin nous achetons trois litres de vin de palme appelé Bandji, boisson au goût agréable.

Le bandji ou vin de palme
Le bandji est une spécialité des régions des Cascades et du Kénédougou puisqu'il y a beaucoup de rôniers (et non pas de palmiers). Si pour le palmier, l’extraction du vin de palme est précédée de l’abattage systématique de l’arbre, pour le rônier, ce n’est pas le cas car la récolte se fait au sommet de l’arbre. Pour y accéder, on utilise une échelle en bambou. L’extraction du bandji est une activité quotidienne des habitants de ces régions. Elle se fait en toute saison sans trêve, dans les villages. L’opération est menée trois fois par jour : le matin à l’aube, à midi et le soir et même souvent au milieu de la nuit. Un seul arbre peut fournir par coulée jusqu’à cinq litres de bandji. La récolte quotidienne dans une rôneraie peut atteindre 50 à 60 litres pendant la période de pointe de la coulée. Le bandji recueilli le matin est très frais et délicieux et l’on peut s’en délecter . Quant à celui de midi et du soir, il est chaud et fermenté. Le meilleur Bandji est celui de Banfora. Le prix est d'environ 60 CFA le litre (nettement moins cher que la bière).

Extrait du carnet de bord

Esclavage moderne ?
Dans toutes les villes et bourgades ou nous sommes passés, que ce soit en Mauritanie, au Mali, au Burkina, il y a constamment une bande de gamins, de 5 à environ 15 ans, avec autour du cou, en bandoulière, une boîte de conserve. Ils viennent solliciter de la nourriture ou une petite pièce de monnaie. Ce sont des Talibs, "étudiants" des écoles coraniques.
En fait, ils sont placés par leurs parents, très souvent pauvres auprès de "maîtres" chargés de leur éducation.
Ils passent une partie de la journée à réciter des versets du Coran. L'autre partie à faire la manche pour le compte de leur maître. Ils doivent impérativement rapporter une petite somme d'argent tous les jours, sous peine d'être battus, pour payer leur logement et l'eau. Sachant qu'un maître a en général de 10 à 20 gamins sous ses ordres, que les mômes sont nourris dans la rue, il reste un petit pécule au maître.
A part les versets du Coran, les élèves n'apprennent rien d'autre. Quel avenir pour eux ?

Jeudi 9 Février.

Départ de Bandiagara pour Gaoua à deux cents kilomètres de là, par une piste roulante de latérite ocre. Ici nous sommes dans le sud du pays, le climat y étant plus humide le pays est couvert de forêts clairsemées qui procurent de l’ombre. C’est une des régions les plus belles et les moins peuplées du burkina. Déjeuné dans un maquis en bord de route, d’excellente viande de mouton, arrosée de sobebra et coca.


Gaoua à été crée par les guerriers de l’ethnie Lobi venus du Ghana proche. Elle est située au milieu d’un pays de collines qui la dominent d’une centaine de mètres.
Nous n’y resterons pas longtemps. Ousmane à un ami qui travaille ici, délaissant son travail, il nous rejoint vite et propose de passer la nuit dans sa famille à quelques kilomètres de là. En fait Ousmane l’espérait car il souhaite rencontrer le père de Samy son copain.

A Gaoua , s’offrent à notre regard, deux Acadianes le temps de boire une Flag.




Une heure et demi de piste et soixante cinq kilomètres après, nous voilà tous les quatre rendus de nuit au village de Batié situé non loin des frontières du Burkina avec le Ghana d’un coté et de la Côte d’Ivoire de l’autre.
Ko ko ko c’est par ces mots que Samy s’annonce avant de pénétrer dans la concession. (Dans cette région, cela correspond à notre toc-toc à une porte d’entrée)
Le grand père de Samy nous accueille. De l’eau est proposée, elle a une couleur verdâtre (elle provient de la mare à proximité de la concession)
Les salutations faites, une calebasse de Tô délayé (farine de mil allongé d’eau) est offerte, qui passe de main en main, aussi longtemps qu’il en reste. Nous prenons place à une table d’écolier, sous un auvent de branchages, tout en essayant de parler avec les adolescents de la concession. Au cours de la soirée, on nous offrira à boire de l’oignon fermenté, puis de nouveau l’oignon fermenté auquel on a rajouté de la levure. J’ignore le nom de ce breuvage au goût vraiment pas terrible, mais je m’efforce à ne rien refuser, ne serais-ce que par politesse, mais aussi par curiosité. Plus tard, une calebasse de Tchapalo (boisson fermentée à base de maïs) circulera, juste avant que nous déroulions nos duvets dans la cour, pour une nuit à la belle étoile.


Le Tchapalo, la boisson aux mille vertus
Le Tchapalo ou encore le Tangba timi, est une boisson locale conçue à base des céréales que sont le sorgho, le maïs, le mil mélangés à des ingrédients tels la levure, et surtout le "Nôgôla" écorce médicinale qui, dit-on, soigne efficacement le paludisme. Après la cuisson, il faut attendre trois jours avant de le consommer. Le Tchapalo produit dans d'énormes marmites, est déversé dans différents fûts de 200 litres. La calebasse dans laquelle le Tangba est servi, s’appelle le Fiè. De toutes les boissons de fabrication locale, seul le "Tchap" fait l'unanimité quant aux bienfaits qu'il procure à ses nombreux consommateurs. A l'instar d'autres "denrées" locales, il aurait des vertus thérapeutiques qui lui permettrait de combattre n'importe quelle maladie. Même une personne, dans un état de paludisme avancé, pourrait guérir après avoir consommé le "Tangba" Il éviterait la constipation parce que facilitant la digestion. «Le Tchap est la solution à tous nos maux, c'est lui qui épure chaque jour notre sang, éliminant tous les déchets susceptibles de provoquer un quelconque malaise. C'est lui encore qui déclenche en nous une érection durable permettant d'afficher vis à vis de nos partenaires, notre virilité», disent avec fierté les nombreux consommateurs. Le Tchap n'a pas une odeur particulière et le litre est à la porté de toutes les poches.
Source : Presse Côte d’Ivoire 25/04/2001

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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:21

Vendredi 10 février

Levé avec le jour, je prends une douche au seau avec la même eau verdâtre de la mare, elle a l’avantage d’être fraîche. En compagnie de Samy et d’Ousmane, nous visitons à pied les environs où se rencontre l’anacardier pour la production de pomme d’acajou.




Anacardier
Arbre de la famille des Anacardiacées originaire d’Amérique du Sud, Haïti.
Étymologiquement le nom "acajou à pommes" vient de la forme vaguement en cœur de son faux fruit. Sa taille peut atteindre 12 mètres
Fruit : le vrai fruit est une akène en forme de cœur, à l'extrémité d'un pédoncule floral qui forme une masse pulpeuse et sucrée, blanche, jaune ou rouge écarlate à maturité. Celle-ci est appelée "pomme cajou" ; elle est comestible bien que d'un goût aigre-doux. Utilisation : le fruit de l'anacardier produit la "noix de cajou" (par torréfaction) et l'huile de Caraïbes, huile caustique extraite de l'enveloppe de fruit. Elle sert comme matériau isolant dans l'aviation. L'anacardier, peu exigeant en qualité de sol est utilisé en Afrique pour le reboisement

De retour, Ousmane puis Jérôme consultent le grand père à qui il remettent une petite somme d’argent. Celui-ci est animiste, tradipraticien, fétichiste, et ne pratique aucune religion monothéiste.
J’ignore sur quoi a porté l’entretien dans une pièce sombre,je sais seulement que cet homme a lu dans les cauris, qu’il a dit que Jérôme avait à proximité une sorte de « double » sous forme d’un caméléon. S’absentant quelques minutes, il est revenu avec un tel animal. Dans la matinée, il est allé chercher des racines qu’il a broyées et préparées. Pendant quelques jours Jérôme doit en utiliser une pincée au cours de sa douche.
Le Fiè de dolo circule.

Est Tradipraticien celui qui pratique la médecine traditionnelle à base de plantes, minéraux, animaux, il est très souvent consulté par les villageois. C’est une personne que tous respectent.
Selon L’union des tradipraticiens professionnels de Côte d’Ivoire La médecine traditionnelle consiste à guérir les malades comme le faisaient les ancêtres. Cette thérapeutique s’est transmise de génération en génération. Ça fait partie de notre culture
Source : SOIR INFO Quotidien ivoirien

Souhaitant repartir en fin de matinée, il faut « demander la route », ce qui est refusé par le grand père. Nous ne pouvons partir avant d’avoir déjeuné, le repas est en cours de préparation. Attendons donc à l’ombre car aujourd’hui encore, la température monte rapidement. Le repas se compose de riz accompagné d’abats. Pour une fois, j’ai du mal à avaler.
« Demander la route » est le fait de prendre congé d’un hôte, par politesse, on doit le faire à chaque fois.



Nous laissons Samy à Gaoua et après soixante quinze kilomètres d’un bon goudron, suivi de cent vingt de latérite infernale, nous rejoignons Bobo-dioulasso.


Samedi 11 février

Extrait du carnet de bord
Nous n'irons pas.
Nous n'irons pas à Agadez, ni même à Cotonou, pas plus à Ouagadougou. Nous ne verrons pas les éléphants, ni les girafes, ni le Niger à Niamey, pas plus que le parc du W.
Nous avons décidé de rentrer par la route avec notre voiture blessée. Il nous reste trois semaines, le temps suffisant pour ne pas trop se presser.
Personnellement, la collection de cartes postales n'est pas très importante, je préfère de loin la collection de rencontres que nous avons accumulées en cours de route, elles sont si précieuses.

Voilà en quelques mots c’est dit. Après de longues discussions les jours précédents, notre décision est prise. Le temps a passé, vite, trop vite. Il a fallut faire un choix en considérant le temps restant et le fait qu’il n’est pas facile de se procurer de l’argent entre ma carte avec laquelle je ne peux rien retirer et celle de Jérôme qui ne peut subvenir aux dépenses pour deux.
Et puis l’envie de revenir voir nos amis Sarakolés.

Pour avoir de l’argent liquide, je décide de vendre l’ordinateur portable. Nous faisons avec Ousmane le tour des acheteurs potentiels, beaucoup sont intéressés, mais le prix semble dissuasif.

Expressions burkinabé
Bonne arrivée ! : Traditionnel message de bienvenue
Tablier : Vendeur de cigarettes et divers
Je vais demander la route : A dire trois fois avant de quitter votre hôte (marque de politesse)
En tous cas : Ce que tu viens de dire est vrai
Six mètres : Petite rue non goudronnée qui fait six mètres de large
Prendre le goudron : Emprunter la rue bitumée
Un transport : Un véhicule
Je te suis : Je suis d'accord avec toi
Il faut bouger : Il faut partir
Gâté : Abîmé, cassé
Patientes toi : Attends
Goder : Boire, enivrer, ivre

Ce soir sortie à l’Entente ou je rencontre de nouveau Fatim.


Dimanche 12 février

Ce matin j’achète à Moussa après de dures négociations une trentaine de batiks de sa création. Il utilise la technique de la réserve sans pétrole. Vu nos problèmes pécuniaires, il accepte quarante milles CFA d’acompte et le solde par virement bancaire à mon retour en France.

Le Batik est une technique de teinture de tissu. Les tissus ne sont pas peints mais bien teints : pour ce faire deux techniques sont utilisées la technique des réserves et la technique des ligatures.
La technique des ligatures consiste à nouer certaines parties du tissu avec un fil très serré qui empêche la teinture de pénétrer jusqu'au centre du noeud (on peut insérer au centre un caillou). Le tissu est alors trempé dans la teinture (technique très utilisée avec l'indigo). Après lavage et séchage, une fois les noeuds défaits, les zones serrées par les fils apparaissent dans la couleur d'origine du tissu alors que le fond du tissu est teinté : ces motifs auront une forme d'anneaux. Pour obtenir des lignes droites on peut aussi plier finement le tissu dans toute sa longueur et le maintenir serré avant de le teinter (technique utilisée pour obtenir aussi des fonds marbrés).
La technique des réserves consiste à appliquer sur le tissu une matière imperméabilisante (amidon, cassave et cire en Afrique, pétrole en Afrique et en Asie) sur les parties de la tenture que l'on ne veut pas teinter. Le maître batikier prépare lui-même ses teintes. Après le trempage du tissu les motifs imperméabilisés apparaîtront non teints dans la couleur initiale du tissu. On fait alors bouillir le tissu afin de faire fondre la cire. Chaque couleur du batik nécessite un bain de teinture : il y aura autant de bains différents que de couleurs.
Exemple : un batik qui comporte 15 couleurs demandera de renouveler les opérations de trempage, lavage et séchage 15 fois. C'est une technique laborieuse.
Le batikier fixe ses couleurs.
Source : http://artisanat-africain.com/tissus_africains/le_tissu_batik.htm




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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:22

Lundi 13 février

Aujourd’hui, c’est le grand jour, nous quittons Bobo.
Auparavant, je passe la matinée à essayer de vendre l’ordinateur, sans succès.

Ce midi le maquis qui nous à vu déjeuner si souvent, nous accueille Kadi Ousmane Jérôme et moi pour un dernier repas, puis ce sont les adieux, et nous laissons derrière nous, la ville où nous avons vécu chacun de notre coté de si bon moments.

Pour la première fois, chaque tour de roue nous ramènera vers la maison


Bientôt nous sommes à la frontière malienne, à Koloko. Le temps de prendre une dernière bière et nous accomplissons les formalités de sortie du Burkina puis celles d’entrée au Mali. Généralement le passage d’un pays à l’autre s’effectue en six étapes: douane, police, gendarmerie du pays quitté puis la frontière passée (matérialisée par des bidons en travers de la chaussée), gendarmerie, police, douane. L’ordre peut varier légèrement, il faut parfois y ajouter les formalités de visa, d’assurances et de taxes diverses. Surtout ne pas perdre son calme, plaisanter avec l’autorité, demander des nouvelles de la famille, s’intéresser au match de foot qu’ils regardent ou plus rarement offrir stylos et cachets d’aspirine et….. patienter. Le tout détend l’atmosphère et facilite grandement l’obtention des papiers. Si l’un des deux perd son calme, l’autre doit rattraper le coup. (Nous n’avons jamais donné de bakchich hormis à la sortie de Mauritanie)
Nous venons de franchir la dernière étape, il fait nuit noire. Le Mali est à nous, mais la barrière posée entre deux fûts ne s’ouvre pas. Pas ce soir ou alors en convois militaire jusqu'à Sikasso. Il y à quelques mois des touristes aurait étés attaqués par des bandits venus de la Côte d’Ivoire toute proche. Un groupe de jeunes américains en voyage d’étude attendent l’arrivée de l’armée pour rejoindre leur hôtel, si nous le souhaitons, nous pouvons nous joindre a eux.
Offre déclinée : les sacs de couchages seront déroulés sur une dalle béton à proximité du poste de douane. En attendant, un sympathique maquis nous accueille dans le no man’s land, et pour terminer en beauté cette journée, Jérôme dispute plusieurs parties de billard avec des adolescents du coin.






Mardi 14 février.

Ce matin la barrière s’ouvre et la voiture s’élance sur une route excellente et déjà connue en direction de l’ouest, bientôt Sikasso (où l’on a soudé la chape) est passé. Bamako est atteinte en fin de matinée, je vais directement à la banque centrale du Mali le seul endroit où je puisse sans difficulté retirer quatre cent cinquante euros avec ma fameuse carte bancaire.
Munis de ce pactole, après avoir fait le plein nous reprenons la route, toujours vers l’ouest en direction de Kita. Pour l’atteindre, cent quatre vingt kilomètres de mauvaises pistes qui secouent beaucoup la voiture. Au cours d’un arrêt nous remarquons la rupture de l’attache de l’amortisseur avant droit. Les cinquante derniers kilomètres seront faits en l’état, la roue rebondissant davantage. Nous arrivons de nuit ayant parcouru six cent kilomètres aujourd’hui.


Kita est une petite ville située au milieu des monts Mandingue. Capitale de l’arachide, elle est également grande productrice de coton, de cultures vivrières et maraîchères. Des unités industrielles récemment implantées, permettent de produire et d’exporter huile, tourteaux et fibres de coton de qualité. On ne peut y accéder que par le train ou par la piste.


Après avoir dîné en ville dans un petit restaurant, à la sortie de la ville, dans un endroit qui parait calme, nous installons notre modeste campement, qui se réduit à un léger matelas auto gonflable et un duvet, pour passer une nuit à la belle étoile.
Pour la première fois, je ne suis pas à l’aise un je-ne-sais-quoi d’indéfinissable me tient éveillé un moment, puis n’étant pas trop bileux, je finis par m’endormir. Peut-être une demie heure plus tard un passant nous réveille. « Ce n’est pas bon de dormir ici » nous dit-il. « Pourquoi ? »
« Ce n’est pas une bonne place à cause des sorciers » Le bivouac a été installé à proximité du cimetière. Devant son insistance, nous finissons par le suivre chez son frère qui tient un modeste bar un peu plus loin.
En plus du frère, deux clients sont encore là, malgré l’heure tardive. Une tournée générale de bière est offerte par nos soins et quelqu’un part à vélo pour ramener une cassette de Pink Floyd afin d’être agréable. Tard, nous finissons par nous endormir sous des canisses de paille tressée et sur un matelas mousse obligeamment fourni par le bistrotier.
Encore une bonne journée.
Rêves.

Mercredi 15 février.




N’oubliant pas la casse de la veille, nous trouvons un soudeur qui pour mille cinq cent CFA nous fait une mauvaise soudure, qui tiendra quand même jusqu’à notre retour, je donne royalement cinq cent CFA de pourboire.
Ici il me semble que les touristes soient rares et les gents sympathiques





Nous reprenons la piste en direction de Kayes. Comme à notre habitude, nous n’emportons pas de provisions de bouche, ni même une réserve d’eau, comptant non pas sur la providence, mais sur les nombreuses échoppes qui jalonnent notre route depuis le début du voyage, et auxquelles nous nous restaurons.
Le seul point sur lequel nous veillons est le plein d’essence que nous effectuons (réservoir et jerrycans) chaque fois que nous en avons la possibilité.

Première étape Manantali atteinte après cent cinquante kilomètres d’une succession de tôle ondulée et de restes de goudron datant d’un autre âge. Descente dangereuse vers le barrage.


Sur la rivière Bafing, Manantali est un barrage construit pour domestiquer les flots venus du Fouta Djalon, (montagnes de Guinée). Il sert aussi à l’irrigation, à la production d’énergie électrique et permet une meilleure navigation fluviale en aval.

Deuxième étape. Mahina. Cent kilomètres de tôle ondulée semée d’innombrables trous.
Mahina est une toute petite bourgade sise au confluent du Bafin et du Bakoy qui se joignent là pour former le fleuve Sénégal. Nous sommes au centre du Y formé par les deux rivières et un bac en permet le franchissement.
Pour Kayes deux pistes s’offrent à nous soit par la rive droite, soit par la rive gauche du Sénégal. Renseignements pris nous optons pour la droite qui parait-il est moins mauvaise. Seuls passagers nous ne pouvons négocier un tarif inférieur à sept mille cinq cent CFA.


De l’autre coté, Bafoulabé gros point sur la carte mais qui se révèle être pour ce que j’en voie encore plus petit, que Mahina.
Cent soixante kilomètres pour cette troisième étape qui nous mènera à Kayes, nous l’abordons confiants, pensant au restaurant qui nous attend ce soir, car si jusqu'à présent nous avons vu peu de circulation automobile, nous n’avons rien trouvé à manger (l’un étant la conséquence de l’autre.)
Les bateliers nous indiquent le chemin. Confirmation par un vieil homme à la sortie du village. Nous serions dans la bonne direction, mais la piste est à peine visible. Un peu plus loin par un vague geste de la main, nouvelle indication au seul nom de Kayes, car ici la « civilisation » est loin, très loin et seul le Soninké ou le Bambara se parlent.
La piste à peine tracée, se révèle plein de pièges : ornières, trous, ravins, dévers, cailloux, fesh-fesh, il faut slalomer entre les arbres. Pas d’indication de kilométrage, ni de nom de village. Rien.

Fesh-fesh, Vase séchée, qui s’étend dans le fond des paléo lacs, ayant la consistance du talc et une couleur blanche, grise ou verte. Sol très mou et pulvérulent. Les voitures s’y enfoncent profondément, puis ensuite les passagers quand ils descendent pour pelleter
Source :www. Saharien.info


La vitesse déjà pas très élevée dans la journée tombe encore, pas plus de vingt à l’heure. Il nous faut « lire » la trace, repérer les indices et si l’on rencontre un autochtone, essayer de se faire comprendre. Un motocycliste providentiel, indique qu’il faut changer de direction dans peu de temps. La route est scrutée avec plus d’attention encore et lorsque l’on « sent » ce qui semble être l’endroit, nous infléchissons notre route sur la droite, vers une chaîne de collines.


Le crépuscule arrive, puis la nuit.
Je n’ai aucune notion, ni du temps passé (pas de montre), ni de la distance parcourue (plus de compteur kilométrique depuis Bobo), et nous n’avons toujours pas mangé aujourd’hui. Il nous semble que Kayes ne doit plus être loin, et décidons de continuer.
Peut être déjà une heure que les phares éclairent la piste, quand entrent dans leurs faisceaux deux cyclistes. Arrêt. Coup de chance, ils ont été croisés juste au moment où nous nous trompions de chemin. Je les accompagne à pied, Jérôme suit en slalomant entre les arbustes. Dix minutes plus tard nous les remercions chaleureusement de nous avoir remis dans la bonne direction. D’après leurs dires, le goudron ne serait pas loin.
Etonnement. Aucune route goudronnée ne figure sur nos cartes, ou alors loin au nord.
Effectivement peu après, il se montre : enfin ce qu’il en reste. Des plaques d’asphalte entre des baignoires et des arbres qui ont envahi la chaussée. A quoi pouvait servir cette route qui manifestement n’a plus été utilisée depuis des lustres ? Longtemps la question restera posée. Fallait-il partir à droite ou à gauche ? Le goudron se dégrade de plus en plus, si c’est encore possible, pour finir par disparaître définitivement.
J’entraperçois à quelque distance sur la gauche, le halo d’une lampe tempête. Arrêt. Je vais à pied voir ce que c’est. Passé une clôture, trois hommes assis au milieu de quelques cases, à ce que je peux voir, me reçoivent. On m’offre de l’eau, elle est bonne. J’explique notre situation. Oui nous sommes dans la bonne direction. Non, vous n’atteindrez pas Kayes ce soir, il reste quarante cinq km, la piste est trop mauvaise et il est déjà vingt et une heures. Restez là, vous partirez demain. J’appelle Jérôme et la voiture est entrée dans l’enclos.
Nous bavardons un grand moment avec notre hôte Diala Baragua et ses deux compagnons auxquels vient se joindre sa femme, qui nous amène le reste de « couscous » composé exclusivement de mil avec un peu de piment. Comme la faim nous tenaille depuis un moment, il est trouvé délicieux. Diala insiste pour que la nuit soit passée dans la case de la grand-mère partie à l’hôpital à Bamako se faire soigner. Jérôme préfère le lit à la belle étoile, et moi la case car je souhaite en voir une de l’intérieur. En fait il n’y a pas grand-chose à part un lit et un amoncellement de coffres, de couverture, de bassines et de sacs, sous une bonne couche de poussière.
La journée a été longue et fatigante, aussi je m’endors aussitôt.




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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:23

Jeudi 16 février.

Malgré l’obscurité qui règne dans cette habitation de banco, je suis levé de bonne heure, j’ai vu blanchir le ciel à la jonction du mur et de la toiture de paille et j’entends les premiers bruits de l’activité dans la concession.
Quelle n’est pas ma surprise de découvrir qu’il ne s’agit pas de quelques cases, mais du village de Macania dans l’arrondissement de Diamou, fort parait-il de trois mille âmes et situé au pied d’une petite montagne tabulaire.






Tout de suite, nous est amené une bouillie de mil que je trouve délicieuse, puis je prends une douche au seau dans la « douche » délimitée par un muret qui ne doit pas dépasser quatre vingt centimètres. Je dois m’accroupir si je ne veux pas dévoiler mon anatomie aux nombreux enfants qui m’observent, l’eau est trouble mais fraîche et vivifiante, elle fait du bien à mon corps encore couvert de la poussière de la piste d’hier.
Diala me fait faire le tour du village et me présente aux notables : le maire et le marabout, puis à sa famille, aux voisins.

Les marabouts religieux
Les plus respectés sont ceux dont le savoir et la science religieuse musulmane sont immenses. Leurs pratiques sont en accord avec les préceptes du livre révélé, le Coran. Ce sont leurs prières, leur vie ascétique et leur qualité intrinsèque d'homme de Dieu qui leur permet d'obtenir des faveurs divines pour leurs fidèles. A l'origine, ces grands marabouts ne monnayaient pas leur savoir, mais recevaient souvent des dons importants de la part de leurs fidèles. Cependant, dans la société actuelle, il devient commun de payer pour leurs prières.
http://senegaltraditions.free.fr/traditions_religieuses/marabouts.htm

Nous voilà au centre du village. Il y a là entourée de plusieurs femmes, une jeune fille qui fait frire des beignets dans une poêle de fonte sur un foyer composé de trois pierres. J’en achète plusieurs paquets pour offrir à nos hôtes d’un jour.




De retour, je trouve l’instituteur en grande conversation avec Jérôme.
Bientôt il faut prendre congé de ces gens d’une grande gentillesse.






Nous voilà de nouveau sur cette piste qui se révèle extrêmement difficile. Nous ne reverrons plus le goudron jusqu’à Kayes, il a été complètement délité par les années, les pluies, le passage de quelques véhicules. Entre Bafoulabé et Kayes soit cent soixante km minimum, nous n’aurons vu que trois camions antédiluviens dont deux sont en panne et trois quatre x quatre d’ONG, aucune voiture de tourisme, ni sur la piste ni dans les rares villages traversés.
Pour l’instant, notre attention reste rivée sur le chemin devant nous, à essayer d’anticiper les pièges. N’oublions pas que notre 2CV a subit deux casses et deux soudures, et qu’au fond de nous, sans le dire, l’angoisse est là. Angoisse de casser quelque chose ici, loin de tout. Ce serait l’immobilisation peut-être irrémédiable et l’abandon de notre moyen de locomotion.


Quelquefois un colporteur croise notre route, il avance à pied, poussant son vélo chargé de bassines, de pagnes, de colifichets, d’objets hétéroclites ou d’une machine à coudre. Il va de village en village vendre sa marchandise ou confectionner quelque boubou.
Petit à petit, les habitations se font moins rares, la population plus nombreuse, signes avant coureurs de l’approche d’une grande ville. Bientôt nous y sommes. Soulagement. Bière. Plein d’essence, il était temps !
Nous retrouvons avec plaisir ce restaurant où l’on peut manger un steak avec quelques frites, avant de refaire un tour de marché et d’acheter deux sacs de riz de vingt cinq kilos. Il fait très chaud aussi louons-nous les services de deux porteurs pour qu’ils les amènent jusqu’à la voiture située à bonne distance du marché.

C’est pour la troisième fois que Kayes est laissée derrière nous, cette fois-ci cap sur Dokofri Diabougou, la commune de la famille Coulibaly. Heureusement en partant, j’avais pris soin de relever le point GPS de la cour, au cas où. Une fois quitté le goudron, nous errons un long moment à travers un dédale de chemins et de clôtures, mais à l’aide de ce point et d’une boussole, nous faisons une entrée émouvante.
Tous accourent, les enfants, les femmes Aïcé, Kadja, Assa…toutes sont là, les hommes aussi, mais avec plus de retenu. « Amoudjoum, amoudjoum …nouari, nouari sili », des mains sont serrées à n’en plus finir. Baba prévenu de notre arrivée accoure sur sa petite moto.
Nous proposons d’acheter un mouton pour fêter notre retour. Il faut demander l’autorisation à l’homme qui fait fonction de chef de la communauté. C’est possible, mais uniquement si nous avons l’intention de passer au moins une nuit. Trente cinq mille CFA changent de mains et la bête est promptement égorgée, saignée, éviscérée, vidée, découpée et cuite.
Douche. Nous voilà installés à l’ombre, il est seize heures et le reste de l’après midi, les villageois passent pour nous saluer. Ce soir nous bavardons longuement et vers vingt deux heures tout le monde part se coucher.

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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:24

Vendredi 17 février

Ce matin nous déjeunons avec Baba et Assa de café, pain tout droit sorti du four et confiture, accompagnés du plat de mouton en sauce d’hier au soir.
Vers 10 heures, Baba et ses deux femmes partent au puits à quelque distance de la concession. Ce puits est une propriété qu’ils ont en commun avec d’autres villageois. L’eau est remontée à la force des bras à l’aide d’une corde, d’une poulie et d’un seau. Elle est déversée dans une rangée de fûts coupés en deux dans le sens de la longueur, quand ils sont pleins, un berger fait avancer le premier troupeau de moutons et de chèvres, pendant qu’ils s’abreuvent, d’autres sont contenus à une petite distance en attendant leur tour de se désaltérer. Les animaux ont à boire de cette façon une fois par jour.








De retour, la voiture est nettoyée de fond en comble. Que de poussière !
De nouveau des gens que je ne connais pas se succèdent pour venir nous saluer et la maison de Kaïdja résonne de « Toromaoui ».
Une vieille femme demande si elle peut nous donner du bissap à ramener à Tokhomta et nous remet une grande bassine de feuilles séchée, ainsi que des sacs de plastique pour que nous les ensachions nous même afin d’être sûr qu’il n’y a rien d’autre a l’intérieur.

Bissap
Appelé "Bissap" au Mali, Burkina Faso, Mauritanie, Sénégal, l'Oseille de Guinée (Hibiscus sabdariffa) est cultivé en Afrique sub-saharienne, principalement dans les pays du sahel. Le Bissap est consommé presque partout en Afrique. Ses calices rouges, qui lui valent son étonnant succès, donnent un jus de la couleur du vin. Le Bissap donne plusieurs types de boissons tonifiantes : sirop, thé, bière.

La soirée se passe à jouer au Uno, jeu que j’ai amené pour offrir.


Extrait du carnet de bord
Femmes je vous aime
Etre femme sur ce continent plus que machiste n'est pas une bénédiction.
KAIDA, AICE, HENDA, GOUNDO, FATOU, ASSA, KADI, LEONTINE, et toutes celles
que j’ai croisées, je vous aime.
Vous êtes corvéable (ménage, enfants, cuisine...) Vous ne recevez aucune considération, vous devez être disponible à tout moment pour vos mecs, vous êtes excisées. Souvent vous êtes seules, car après un enfant, on vous abandonne. Souvent, vous devez subir une deuxième
épouse. Je vous aime car malgré tout cela, vous êtes gaies, agréables, pleine de prévenance,offrez amitié réconfort tendresse.

Samedi 18 février

Nous passons une agréable matinée avec Kaïdja, Aïcé, Assa et Baba.
Douche obligatoire, j’en ai déjà pris deux hier.
Le départ s’effectue avant midi. Les adieux se font gorge nouée, Kaïdja, Aïcé sont en larmes. Promesse de revenir, même si je sais pertinemment que cela ne se fera peut être pas. Tout le monde nous accompagne jusqu'au seuil de la concession, presque toutes les femmes pleurent. Que d’émotion, je détourne la tête pour ne plus les voir.
Maintenant nous suivons Baba qui fait office de guide à travers un labyrinthe de chemins et bientôt nous faisons une entrée délirante chez les Diallo. Tokhomta est là cette fois ci, il nous reçoit comme des princes.
L’après midi se passe doucement, à l’ombre, à bavarder, entrecoupé par au moins quatre repas de mouton. Goundo et Henda sont aux petits soins pour nous, et je dois prendre une nouvelle douche.
Pendant que Jérôme fait une démonstration de jonglage, je montre par l’intermédiaire de l’ordinateur, qui tourne en boucle, les photos prises au cours du voyage. Celles prises ici ont un grand succès.




Dimanche 19 février

Nous pensions repartir aujourd’hui, mais Tokhomta s’y oppose fermement, il tient à nous recevoir dignement, demain sera un meilleur jour pour rentrer. Comme Tokhomta est là, beaucoup de travaux ont débuté sous son contrôle.
Le fils de Bougari travaille en France, sa femme étant ici il fait construire une maison en Banco dans la concession. Environ quinze ouvriers travaillent à son édification qui en plus de leur salaire sont aussi nourris. Cinq mille briques (Toufa) en terre crue mélangée à de la paille, ont été achetées, elles coûtent trois CFA pièce. Le liant (Doré) est constitué par la terre de la parcelle, mélangée à de l’eau.








Chez lui, puis chez son frère aîné Bougari, Tokhomta fait poser un faux plafond en bois pour isoler les pièces en prévision de la chaleur de l’été, car jusqu'à présent il n’y avait que le toit de tôles. Trois menuisiers le confectionnent. Ils posent en premier des lattes suspendues qui composent un quadrillage, auquel ils fixent des panneaux de contreplaqué d’environ un millimètre, viennent enfin des couvre-joints qui donnent un aspect de plafond à la française. Chaque fois que je passe voir ces ouvriers afin d’observer leur travail, ils m’offrent une poignée d’arachides.

Jérôme et moi essayons un tatouage sur l’avant bras, qui s’apparente au henné. Bintou s’y emploie. Les motifs sont réservés par du ruban adhésif recoupé dans le sens de la longueur, ensuite est appliqué une pâte verte, humide, protégée de l’évaporation par du plastique. Une heure plus tard, une autre pâte de couleur grise est posée pendant une demi heure, il se produit une réaction qui dégage un peu de chaleur, au terme de laquelle, tout est retiré, Sous la réservation, la peau est restée blanche alors qu’autour, elle est devenue plus ou moins noire. Les femmes de la région utilisent cette technique pour faire des motifs sur leurs pieds, leur peau étant plus noire, ces motifs sont plus marqués que sur nos bras.






Lundi 20 janvier

Eh non, pas de départ aujourd’hui, pas moyen de partir, tout le monde s’emploie à nous retenir. Demain, c’est promis, d’ailleurs, il ne nous reste que peu de jours.
Pour fêter ça, voici notre cinquième mouton.


Petite généalogie de Tokhomta, telle que j’ai pu la démêler.
Goundo est sa première épouse, avec elle il à eu six enfants : Amadou, Mankita, Sorona, Assa, Toumani et Founé. Elle est aussi la sœur de Kaidja, la femme de Tokhomta Coulibaly.
Henda est sa deuxième épouse et ils ont eu : Karamoro et Atma.




Il existe ici deux types d’école : la « française » où l’on enseigne la lecture, l’écriture, le calcul et la « coranique » où ne s’apprend que le coran. Les enfants d’une même famille sont partagés entre les deux écoles, les filles ont relativement plus de chances d’aller à l’école coranique.

Ce soir toute la cour regarde l’unique téléviseur, sur lequel passe une cassette vidéo d’Oumo Sangaré, qui semble avoir été visionnée de nombreuses fois.

Une fête s’improvise autour d’un feu de bois et nous veillons tard.
Toutes les femmes et les jeunes dansent à tour de rôle dans un cercle, sur de la musique diffusée par cassette. Je suis encouragé par des Bernardo Bernardo accompagnés par des battements de mains, tandis que ce sont des Jéromi Jéromi pour mon compagnon.
Il semble que l’islam de plus en plus présent dans la région, tend à faire disparaître ces fêtes, aussi profitent-ils de notre présence pour danser.








Mardi 21 février.

Contrairement à mon habitude, je ne me lève pas de bonne heure et après un bon petit déjeuner, je vais voir les menuisiers. Je leur propose d’acheter deux de leurs outils, ils sont d’accord et pour cinq mille CFA, me voilà propriétaire d’une hache et d’un sarcloir.
Un colporteur passe poussant son vélo chargé de casseroles, de boubous, de pacotilles. Nous demandons à toutes les femmes présentes de choisir ce qui leur plaît, et chacune repart avec un collier imitation or. Pour manifester leur joie, tout le monde se met à danser au son d’un tambour improvisé sur une bassine.








Il faut partir, que c’est difficile ! Encore des larmes, encore une promesse de revenir

Extrait du carnet de bord
Sarakolé le retour.
Si nous avons choisi de revenir dans la région de Kayes, c'est essentiellement pour revoir tous nos amis Coulibaly, Diallo, Diarra …..
Accueil plus que chaleureux, tout le monde se précipite, serrement de mains à n'en plus finir, Amoudjoum, Amoudjoum, Torromaoui,Nouari Torromaoui, Nouarisili, Amoudjoum......Et puis Igué....Aîga...Aîga...(Bonjour, bonjour, comment ça va? merci, merci beaucoup... On va manger, manges!manges!)
Et les jours s'écoulent paisibles, dans une famille, puis dans l'autre. Amitié, danse autour du feu, discussion..., report du départ. Le temps passe et il est temps de reprendre la route. Embrassades, pleurs, promesse de revenir, émotion partagée.
MERCI à vous tous.
Merci à Baba et Tokhomta pour leur accueil, leur gentillesse et leur émotion lors de notre départ.
Merci à toutes les femmes que nous avons rencontrées, merci pour leur prévenance, pour les repas préparés, pour les douches tièdes, pour la gaieté, les rires les danses, et pour les pleurs sincères lors du départ. Merci donc à Goundo, Henda, Assa, Kaîdja, Aîcé, Bintou, Atouma, et à toutes celles dont je n'ai pas retenu le nom.
Merci à tous les enfants (et ils sont nombreux) qui nous ont accompagnés au cours de ces jours. Merci à Assa, Sorona, Amadou, Mankita, Toumani, Ousmane, Karamoro, Founé, Atma......

Pour l’instant nous voilà attablés devant un steak à Kayes.
Prenez une carte et regardez il existe deux itinéraires pour relier Kayes à Nouakchott. L'un passant par le Sénégal, l'autre par Nioro et Ayoun, bien plus long. Le choix est vite fait, surtout que nous avons déjà fait le second. Seul hic: les voitures de plus de cinq ans ne peuvent entrer !! Nous verrons bien. En route donc pour le Sénégal.

Arrivés à la frontière sénégalaise, nous nous faisons enregistrer au poste de police. Pour la douane, nous ne l'avons pas vue, d'ailleurs, nous ne l'avons pas cherchée, sachant que probablement nous serions refoulés.

Ce soir, nous atteignons Ouro Sogui (200km) sans encombre hormis un barrage de police, mais effet 2cv oblige, personne n'a pensé à demander les papiers du véhicule.
Un bruit inquiétant se fait entendre à l’arrière, depuis quelques kilomètres. Il va en s’amplifiant, en fait ce sont les écrous de la roue droite qui se desserrent.

Nous trouvons un bon hôtel un peu cher, mais qui offre l’avantage d’un plat de spaghettis.


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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

Message par Admin le Lun 21 Mai - 9:27

Mercredi 22 février

Vingt kilomètres après avoir quitté Ouro Sogui, nouveau contrôle de police.
-Votre passe-avant délivré par la douane ? S’il vous plait
-Excusez-nous, nous n’avons pas vu la douane
-Retournez à Ouro Sogui à la gendarmerie, nous gardons votre permis de conduire.
Retour. Explications embrouillées au capitaine de gendarmerie.
-Je crois en votre bonne foi, vous pouvez continuer votre chemin.
Cinquante kilomètres plus loin, après avoir récupéré au passage les papiers, nouveau barrage.
-Douane, votre passe-avant ?
-Nous ne l’avons pas, nous n’avons pas vu la douane au poste frontière et depuis nous cherchons un poste de douane. Pourriez-vous nous délivrer le passe-avant ?
Téléphone à la douane. "On vient les chercher avec une escorte"
Nous voilà à attendre à l’ombre d’un bel arbre, nous bavardons avec les douaniers qui offrent de partager leur tiebboudien Trois heures plus tard,une voiture particulière arrive avec à son bord deux douaniers. Escorte. Jérôme conduit la 2cv avec comme passager un douanier, au cas où nous prendrait l’envie de nous enfuir. Je monte avec l’autre, la voiture se révélant être la sienne, le poste de douane ne possédant qu’un véhicule, actuellement en patrouille. Nous sympathisons.
Au poste de la région, nous mangeons de nouveau un tiebboudien avec les douaniers en attendant que leur supérieur arrive. De nouveau nous racontons notre histoire Visiblement ils sont embarrassés et voudraient nous laisser continuer en faisant semblant de nous croire.
Fouille du véhicule et fouille corporelle. Explications avec le chef qui téléphone à son hiérarchique. Verdict: Confiscation de la 2cv et amende de 2 fois la valeur du véhicule, c’est le tarif. Nous blêmissons, car nous n’avons pas de quoi payer. Après un temps, le chef douanier déclare
-Comme je crois en votre bonne foi, je ne confisque pas la voiture et je ramène l’amende au mini soit deus fois trois cent mille CFA"
-"On n'a pas les moyens de payer, ne peut-on pas appeler votre supérieur?
Téléphone, négociations.
-Je crois en votre bonne foi, je vais appeler le colonel Cissé, je vous rappelle.
Plus rien ne se passe ce soir.
Encore une fois on nous offre le tiebboudien et la soirée se passe à regarder le match de football Barcelone Chelsea sur canal+ Nous dormons sous une paillote qui est obligeamment prêtée.

- Le Tiebboudien (riz au poisson) est un plat traditionnel généralement composé de Tiof, un poisson local. Ingrédients pour 5 personnes :- 1 kg de poisson frais et 100 g de poisson séché, - 1/2 chou vert, - 100 g de tomates concentrées, - 200 g de manioc, - 200 g de carottes, - 200 g de navets, - 2 oignons, - 200 g d’aubergines, - sel/poivre, - 2 piments rouges, - 1 kg de riz, - huile d’arachide, - persil
Découper le poisson en morceaux de 100 g environ. Préparer la farce en pilant au mortier 1 oignon, le persil et 1 piment ; assaisonner de sel ; piquer chaque morceau de poisson et introduire une petite quantité de cette farce. Dans une cocotte, faire chauffer l’huile et bien dorer les morceaux de poisson ; mettre dans la cocotte les oignons émincés et faire blondir doucement ; ajouter le concentré de tomate avec un bol d’eau. Remuer et faire cuire pendant 15 minutes à feu moyen. Dès que l’huile remonte, ajouter un litre d’eau avec deux cuillères à soupe de sel. Ajouter également un piment dans la cocotte pour donner du goût à la sauce. Dès que l’eau bout, ajouter le chou, les carottes et le manioc ; laisser mijoter 40 minutes ; ajouter les navets et l’aubergine; laisser mijoter 20 minutes. Ensuite, retirer les légumes et le poisson de la cocotte de telle sorte qu’il ne reste que la sauce. Mettre le riz dans la sauce, diminuer le feu, recouvrir la cocotte et laisser cuire le riz pendant 40 minutes

Jeudi 23 février

Petit déjeuner.
Attente.
Le pneu de la voiture personnelle du douanier qui m’a escorté est crevé, la roue de secours aussi. Je l’emmène les faire réparer en ville puis nous déposons la fille de son collègue à l’école. Le métier ne perdant pas ses droits, il en profite pour contrôler le chargement d’une charrette tirée par un âne, histoire de me montrer comment on procède. Nous sommes proche de la Mauritanie, seulement séparés par le fleuve et la contrebande parait-il est importante.
Attente.
Le chef sort de son bureau en fin de matinée.
-Venez me voir. Voilà pas de saisie du véhicule, pas d’amende, mais vous aurez une escorte douanière jusqu’à Rosso à cent soixante dix kilomètres de là. Cela vous coûtera quarante mille CFA de frais de dossier plus le coût de l’essence de la voiture d’accompagnement.
Mon douanier a récupéré ses roues et c’est lui qui nous escorte avec sa voiture. Soulagés nous partons. Nous n’avons pas parcouru plus d’une vingtaine de kilomètres, que sa voiture se met à fumer, il s’arrête aussitôt chez un garagiste en bord de route. Nombreux sont ceux qui viennent ausculter son moteur pendant que nous nous offrons une gazelle (bière locale). Le verdict ne se fait pas attendre : joint de culasse.
La voiture reste là, mon douanier se tasse à l’arrière de la 2cv parmi les bagages et nous finissons par arriver au poste frontière de Rosso.
Le cachet d’entrée au Sénégal n’ayant pas été apposé sur les passeports, la gendarmerie fait des difficultés pour apposer celui de sortie, faisant valoir qu’ils ont affaire à des clandestins. Comme cela fini toujours par s’arranger en Afrique, bien qu’au Sénégal qui ayant hérité plus que tout autre pays de toute l’administration française cela soit plus difficile, nous obtenons le sésame.
Le douanier, dernier obstacle avant la sortie du pays, réclame un bakchich de dix mille CFA, que Jérôme refuse tout net de payer. Pendant qu’il négocie fermement, je vais me promener observant les bacs qui font la traversée du fleuve, car il n’existe pas de pont.
Nous finissons par embarquer sans rien avoir donné, laissant derrière le « Pays de la Teranga » ou pays de l’hospitalité

Arrivés en Mauritanie, il reste à accomplir toutes les formalités, avant de rejoindre par une route particulièrement défoncée ; Nouakchott où vers vingt deux heures, nous retrouvons avec plaisir l’auberge de l’amitié et dégustons une pizza.


Vendredi 24 février

Nous changeons quelques francs CFA contre des ouguiyas et après un rapide tour de ville, le plein d’essence effectué, Nouadhibou est ralliée dans la nuit.


Samedi 25 février

Ce matin, rencontre avec un couple qui descend vers le Sénégal, nous sympathisons, prenons le petit déjeuner ensemble au centre ville et ils acceptent de convertir des CFA contre des Euros.
Peu après nous passons la frontière marocaine, sans grande difficulté, mais compte tenu du changement d’immatriculation, voila la 2cv sans assurance, car ici c’est la carte verte qui est exigée.
Longtemps la voiture lutte contre le vent, c’est pénible car nous n’avançons pas, elle aura néanmoins parcouru cinq cents kilomètres aujourd’hui, après les quatre cent soixante d’hier et les cinq cent d’avant-hier.
Ce soir nous couchons à l’auberge un peu avant Boujdour et mangeons notre premier tajine.


Dimanche 26 février

Moins de vent aujourd’hui mais tout au long des sept cent soixante dix kilomètres nous abandonnons progressivement les tongs et le tee-shirt, pour une chemise et des chaussures fermées enfin nous enfilons un pull léger et une paire de chaussettes. Nous couchons à Guelmin


Lundi 27 février

Nous ne le savions pas encore en prenant le volant ce matin, mais ce soir nous voici à Tanger, mille kilomètres plus loin, il est deux heures du matin et trouvons un hôtel.


Mardi 28 février mercredi 1 Mars

Ce matin nous cherchons un bateau pour Sète, mais il n’y en a pas avant plusieurs jours, aussi nous prenons le temps de visiter la Médina, de manger un tajine avant de nous rendre à Ceuta pour embarquer sur un ferry.


Au moment où le bateau quitte le quai, je vois la côte africaine s’éloigner doucement et je comprends là, que le voyage est terminé. Je rentre pour parler à Jérôme afin de dissiper ce spleen.
Dix huit heure. Premiers tours de roues en Europe, nous roulons toute la nuit. Plus nous gagnons vers le nord, plus il fait froid. Bien après Madrid, la neige fait son apparition, à ce moment nous avons chemises, pulls, veste polaire et roulons engoncés dans nos duvets, malgré cela, nous grelottons.
Dans la matinée, peu avant de pénétrer en France, sur un parking, loin des regards indiscrets, nous redonnons à notre vaillante voiture, sa véritable identité.
Nous décidons de passer la nuit à Pons prés de Cognac chez nos amis Anne-Marie et Jean qui offrent une hospitalité sans bornes. Etant épuisés, cela nous fait le plus grand bien.


Jeudi 2 mars

Après une nuit réparatrice, l’envie de musarder revient, aussi nous passons voir Marie et Christian, fraîchement rentrés de Mauritanie. Là aussi l’accueil est à la hauteur de leur amitié. La journée s’écoule agréablement et Christian en profite pour faire une petite révision de la 2CV.


Vendredi 3 mars

La matinée se passe à parler 2CV, projets, aventures vécues et après un déjeuner, à contrecœur nous reprenons la route, sous des bourrasques de neige, pour la capitale.
Vers vingt deux heures je laisse Jérôme chez lui et rentre à la maison, pour une fois seul dans la voiture.
L’aventure est terminée, elle laisse d’innombrables souvenirs et des envies de reprendre la route dés que possible.

Bernard Janvier à Mars 2007

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Re: Récit d’un voyage en Afrique à bord d’une 2CV 2006

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